Grenoble : lettre ouverte aux pouvoirs dits « publics », à propos de l’ouverture d’un squat au 106 rue des Alliés

Nous, habitant·e·s du 106 rue des Alliés, avons investi ce bâtiment vide, muré et laissé à l’abandon par la ville de Grenoble depuis plusieurs années. Cela faisait plus de trois mois que nous étions privé·e·s de domicile. À l’instar du nombre croissant de personnes contraint à la rue par la violence d’un ordre social, qui n’a que trop duré, nous subissions le froid, les intempéries et le harcèlement constant de la police.

En nous réappropriant ce lieu nous affirmons notre farouche détermination à ne pas céder face à un système qui, en nous privant d’un toit et en étendant son contrôle sur la totalité de nos vies, ne nous reconnaît tout simplement pas le droit à l’existence.

Bien plus qu’une solution d’hébergement nous pensons ce lieu en résistance à la domination du capitalisme qui par l’urbanisme nous dépossède du pouvoir d’agir sur nos espaces de vie. Dans ce lieu, nous y expérimentons d’autre formes de vie et développons une autre façon d’appréhender ce monde qui nous entours. Au travers d’activités ouvertes aux habitant·e·s de la ville nous espérons échanger, créer, débattre et faire vivre une autre manière de faire de la politique.

Ce bâtiment n’en est pas à sa première réappropriation. De ce que nous avons pu constater, par trois fois ce lieu a abrité des personnes et par trois fois il s’en est suivi une expulsion. Un tel acharnement à rendre mort ce qui est vivant dénote d’une réelle politique anti-sociale. En acceptant de laisser à l’abandon ses bâtiments vides, la mairie de Grenoble et la Métro comme de nombreuses autres collectivités territoriales, participent à la spéculation immobilière. En outre, sous prétexte de non conformité des bâtiments et de pseudo « protection des personnes », nos élu·e·s n’hésitent pas à renvoyer à la rue des familles comme si le trottoir était synonyme de confort et de salubrité. Cet état de fait s’est encore produit dans cette même rue le mardi 13 septembre dernier lorsque la mairie à fait expulser puis murer le 62 rue des alliés, condamnant ainsi plusieurs familles à vivre dans la rue.

Grenoble « solidaire et écolo » préfère financer le projet nano 2017, qui représente 10 millions d’euros sur 4 ans, la construction d’éco-quartiers high-tech tels que G.I.A.N.T. (une cité d’ingénieur sur le polygone scientifique) plutôt que de continuer à subventionner certaines bibliothèques, maisons de quartier, associations culturelles et d’aide aux personnes (le plan d’austérité de la mairie est de 14 millions d’euros d’économie et la suppression d’une centaine de postes). Elle participe ainsi volontairement ou non à la gentrification de nombreux quartiers de la ville et à l’accroissement du mal logement. Est-ce en mettant des gens en situation de précarité que l’on crée une « ville apaisée » ?

En avril 2014, lors d’une rencontre avec plusieurs associations, collectifs (dont des membres de notre collectif) et individus luttant pour le droit au logement, le maire (siégeant également à la Métro, tout en étant président du bailleur « social » ACTIS) monsieur Éric Piolle nous a sous entendu qu’il n’expulserait pas si les collectifs ouvraient des bâtiments de la ville de Grenoble. À plusieurs reprises il n’a pas tenu ses engagements. En investissant ce bâtiment, nous offrons au maire l’occasion de rendre cohérents ses idées et ses actes. (Éric tu peux encore te rattraper sur l’engagement 83 de ton programme [1] !)

Nous revendiquons par la présente, le droit de jouir de notre domicile sans courir le risque d’une expulsion, ni de procédures administratives à notre encontre. Nous nous sentons solidaires de toutes les personnes mal logées et exigeons des pouvoirs dits « publics » une mise à disposition immédiate de tous les bâtiments vides leur appartenant.

Note:
[1] Engagement 83 : « Assurer le droit à l’hébergement » : Nous doublerons la capacité municipale d’hébergement d’urgence (en favorisant l’utilisation des locaux publics inutilisés) et faciliterons la fluidité des parcours de l’hébergement d’urgence vers le logement de droit commun. Tous les outils juridiques seront mobilisés : minoration de bas de quittance, baux glissants et développement du lien entre les services municipaux logement et hébergement.