Grenoble : un premier compte-rendu rapide du saccage d’Ahwahnee par la police, accompagné d’une quinzaine d’interpellations

C’est l’hiver : le meilleur moment qu’ont choisi GEG (Gaz Électricité de Grenoble) et la mairie de Grenoble, qui ose encore prétendre mener une politique de « gauche », pour couper l’électricité au squat d’Ahwahnee, au 106 rue des Alliés. Une maison vide depuis plus de vingt ans, sur laquelle il n’y a pas le moindre début de projet, qui appartient à la mairie de Grenoble, déjà occupée à deux reprises, et à chaque fois expulsée par la mairie sous le règne de Michel Destot. Le texte qui suit est la narration de ce qui a pu être observé de cette opération depuis la rue des Alliés, ce lundi 30 octobre 2017.

Contexte : depuis quelques semaines, les expulsions et les coupures d’électricité s’enchaînent dans les squats de la ville de Grenoble, à un rythme jamais vu, même sous Destot, et ce malgré une mairie prétendument rouge-verte (mais brune en pratique, on peut rappeler au passage ce nouvel arrêté municipal qui permet aux flics de saisir le matériel de camping de gens déjà à la rue, ou de ces flics qui piquent leurs chaussures aux pauvres qui trouvent refuge à proximité du parc Mistral), qui avait pris comme engagement de campagne, dans son volet « Une ville à taille humaine et des quartiers où il fait bon vivre… en finir avec les grands projets inutiles pour se concentrer sur l’essentiel. » :

Numéro 74
Nous agirons sur le logement privé dégradé ou de mauvaise qualité. Si nécessaire, nous userons du droit de préemption, notamment pour ceux en mauvais état pour les transformer en logements conventionnés ou sociaux, après rénovation.


Huit heures du matin. Un petit camion plateau de l’entreprise Colas se gare devant la maison, occupée depuis plus d’un an, et où vivent plus ou moins une vingtaine de personnes en fonction des saisons (surtout en hiver, où on est mieux en groupe et à l’abri) : précaires, étudiants, familles avec enfants…

Deux employés en sortent, pour commencer à nettoyer le tas de gravas déjà déposé devant le compteur pour retarder une éventuelle coupure d’électricité.

Voyant les gens à l’intérieur déterminés à ne pas vivre l’hiver au froid (et on les comprend), ils cessent vite leur travail… et annoncent que la police interviendra avec GEG vers dix heures, pour couper le compteur. Ce qui arrive en effet bien vite.

Des habitants, depuis le balcon, envoient de l’eau sur les ouvriers qui tentent d’approcher. Et la tension monte fort et rapidement. Un camion et une pelle mécanique, toujours de Colas, arrivent en renfort pour creuser un trou et couper les câbles de l’arrivée électrique sous le trottoir, avant même le compteur. Les machines évacuent les déblais sous les jets d’eau, et commencent à creuser… jusqu’aux gaines.

Mais l’eau qui continue à asperger les machines, empêche l’intervention des ouvriers sur les câbles électriques. Le conducteur du camion équipé de la pelle servant à déblayer les gravats tente une intimidation sur les gens, toujours perchés au premier étage, en leur faisant tourner la pelle sous le nez, au mépris de toutes les règles de sécurité, sous les yeux des flics qui ne mouftent pas devant cette mise en danger délibérée de la vie d’autrui (mais on sait déjà bien que les seules vies qui leur importent sont les leurs et celles de leurs maîtres).

L’eau continue à couler. Puis la pelle commence à frapper et à casser le balcon, où se trouvent plusieurs personnes, de ce bâtiment pourtant classé historique.

Le balcon vibre et fait craindre qu’il ne se rompe, avec ses occupants. La police ne bronche toujours pas.

L’eau continue à couler. Les employés de Colas, inventifs quand il s’agit de mettre au froid des plus maltraîtés qu’eux, ramènent un abribus complet, en camion, pour s’abriter pendant l’intervention. Avec l’assentiment de JCDecaux ?

Dédions d’ailleurs quelques mots à ce sous-chef de Colas qui, avec sa bonne mentalité de chauffeur de train des années 40, niait toute responsabilité dans la coupure d’électricité, en se cachant derrière le fait qu’il ne faisait qu’honorer le contrat que sa société a contracté auprès de la mairie. Admettant aussi clairement qu’à Colas ses employés n’avaient pas le droit de retrait, ceux-ci risquant en contrepartie des sanctions financières. On aurait cru rêver (cauchemarder). Que les syndiqués de l’entreprise se plaignent aux prud’hommes !

L’eau continue à couler.

Une camion de plus arrive, avec une nacelle, cette fois, qui permet à la bleusaille de pénétrer directement au premier étage depuis le balcon où se trouvaient encore des habitants, les forçants à reculer dans le bâtiment, vers lequel des flics continuent à pointer leur flashballs et leurs lance-grenade (alors que l’usage de celles-ci sont interdites en intérieur). D’autres jettent de la terrasse les chaises et les vêtements qui y sont étendus à sécher. Sans aucun autre intérêt que de brimer un peu plus les occupants, et de montrer leur supériorité physique.

Des coups de fils sont passés à la mairie, qui s’en lave les mains, et se dédouane une fois de plus au compte de la préfecture. Alors que, à moitié propriétaire de GEG, elle aurait pu commander l’arrêt de ce massacre, de cette coupure d’électricité stupide et dangereuse.

Les employés de GEG continuent leur sale boulot antisocial, toujours caché sous l’abribus, bien que les habitants soient tenus en joue par les flics (ils devaient craindre que ces derniers leur jettent des pauvres sur la tronche).

S’en sont suivies de longues heures pendant lesquelles on n’a pas pu voir ce qui se passait à l’intérieur. Des cris, des vitres qui tremblent. Des policiers qui passent devant les fenêtres dans chacune des pièces. Une perquisition sommaire et hors de tout cadre légal est probablement en cours.

On finira par voir sortir les habitants, un par un, et être conduits dans les paniers à salade, tout spécialement apprêtés pour l’occasion. On parle de plus de quinze personnes interpellées, au prétexte de « vol et agression ».

En revanche, on n’a toujours pas entendu parler de la mise en examen du conducteur de pelle et d’Élisa Martin pour mise en danger de la vie d’autrui et destruction d’un bâtiment historique classé. Ni de policiers pour non-assistance à personne en danger.

À l’intérieur, les flics ont continué leur inspection/fouille du bâtiment et du terrain à l’arrière pendant encore une à deux heures… avant de laisser sur place, aux habitants qui étaient restés à l’extérieur, un bâtiment dévasté.

Le Daubé et France 3, eux, parlent déjà d’aggression et de violence sur les agents de GEG. Ces gens sont fous.

Non à la mise en danger, au froid, des plus précarisés.

Non à ces vicieuses expulsions à la veille de l’hiver !

Non aux agressions institutionnelles, contre les personnes, leurs bien et leurs logements !

Non à un état et une municipalité oppressive, et à ses sous-traitants plus ou moins privés !

Solidarité avec tous les précarisés !

Que partout vive la rage de faire vivre un monde sans maître ni esclaves, et où chacun puisse trouver sa place.

[Publié le lundi 30 octobre 2017 sur Indymedia Grenoble.]