Grenoble : La bataille du squat Ahwahnee pour l’électricité (épisode 2 : à l’intérieur)

On ne reviendra pas sur l’article précédent, qui décrit une bonne partie des événements d’une façon qui nous va bien.

Mais nous rajouterons quelques éléments essentiels, afin que l’histoire ait une chance de retenir ce qui s’est réellement passé, plutôt que les mensonges colportés par une bonne partie des médias au sujet de cette coupure d’électricité à trois jours à peine des interdictions de coupure électrique imposées par la loi n°2013-312 du 15 avril 2013 dite « loi Brottes ».

D’abord notre intention n’était pas du tout d’emmerder ou de nuire à des ouvriers mais simplement de protéger notre installation électrique à l’aide d’un simple jet d’eau, instrument somme toute assez inoffensif. Et nous avons prévenu à maintes reprises avant d’ouvrir ou de jeter de l’eau sur les ouvriers, et les avons invité à utiliser leur droit de retrait [1], afin de ne pas avoir à couper l’électricité (et donc le chauffage) à une vingtaine de personnes en situation de précarité. Par peur des représailles patronales, la pression du groupe aidant, et avec l’appui de la police, ils ont finit par obtempérer et à couper l’électricité, pour certains à contre-cœur, n’osant pas toujours nous regarder dans les yeux. Nous ne leur jetterons donc pas la pierre à ce sujet.

S’en est suivie une bataille digne du siège d’un château fort.

Précision préalable : contrairement à ce qui a pu être écrit dans certains journaux, aucune urine n’a été envoyée. Seul un seau contenait une eau vaseuse, et c’est tout.

En revanche, certains ouvriers ont fini par jeter des pierres grosses comme le poing avec leurs pelles. Ces pierres auraient pu nous blesser gravement si nous n’avions pas alors fait le choix d’utiliser des casques de chantier et un casque de moto afin de nous protéger. Seul l’un de ces casques est tombé accidentellement de la tête d’un des habitants.

À l’exception de l’eau et de ce casque, rien d’autre n’a été jeté ou n’est tombé depuis le balcon de la maison, et ce malgré les provocations répétées et outrancières des ouvriers et de la police. Par ailleurs, la mâchoire de la pelle mécanique de l’entreprise de travaux publics a servi à intimider les gens aux balcon, en la faisant virevolter à moins de cinquante centimètres des visages des gens postés au balcon. Cette même pelle mécanique a d’ailleurs fini par détériorer volontairement le-dit balcon de ce bâtiment des années 30.

On souhaite aussi dénoncer GEG, qui a mis à la disposition de la police une nacelle afin de permettre à trois flics suréquipés de violer notre domicile, en passant directement par la terrasse. Ces trois cow-boys ont pris un malin plaisir à faire chez nous ce qu’ils n’oseraient jamais faire chez qui que ce soit d’autre d’un peu plus riche : casser ostensiblement la vaisselle sous nos nez, nous lancer des verres et des cendriers, ou couper les cordes des guitares.

Nous avons alors détalé dans les escaliers ou derrière les portes afin de nous mettre à l’abri des tirs de flashballs avec lesquels les flics nous visaient à la tête.

S’en sont suivies 3/4 d’heure de cache-cache dans la cuisine d’Ahwahnee, pendant lesquels nous chantions pour nous donner du courage. Pendant ce temps, les bleus, à moins de dix mètres continuaient à nous tenir en joue en se foutant de notre gueule : « C’est pas un LBD, c’est un distributeur de bonheur ». D’autres flics ont ensuite enfoncé la porte de la cour de la maison, et l’ont investi. Seize des habitants se sont réfugiés au centre de cette cour, à côté des véhicules, pendant que les deux derniers (fervents admirateur de livres, de poèmes et d’essais critiques) se réfugiaient dans la bibliothèque du troisième étage, en attendant la venue des casqués avec de bons bouquins.

La suite, on va vous la faire courte : fouille au corps, expulsion (temporaire) du lieu, tous en garde à vue (avec les petites humiliations policières habituelles)… et libération au bout de 24 heures. Quelques coups de pression, mais pas de violences physiques. Certains flics ont évidemment tenté de justifier cette opération d’envergure (18 personnes en garde à vue !) en évoquant l’incendie des gendarmeries de Meylan et de Grenoble. Nous, on n’a pas compris le rapport.

La maison a été fouillée de fond en comble, et ce sans ordre de perquisition. Des affaires personnelles ont disparues, d’autres ont été jetées par la fenêtre au moment de l’intrusion.

Les conditions de détention étaient elles aussi précaires : jusqu’à quatre par cellule, une seule couverture, une seule couchette, deux détenus n’ont pas eu à manger. Et toujours des coups de pression et des mensonges de la part des policiers.

On vous tiendra au courant si cette bataille pour l’électricité a des suites.


La version roman-photo partielle de l’histoire, interprétée par les Barbapapas.

L’appartement des barbapapas est trop petit et trop cher

Ils finissent tous à la rue

Par chance ils trouvent une belle et grande maison abandonnée

Ils y rentrent et commencent à rénover

Et à faire quelques chantiers

Comme ils n’ont pas beaucoup d’argent ils commencent à chiner, à faire les vide-greniers.

Avec leur belle brouette et leurs belles volontés

Ça y est, leur maison est presque réparée

Ils peuvent y faire de belles activités

Hélas c’est compter sans GEG qui veut leur couper l’électricité

Et permettre à la mairie de gentrifier tout un quartier

Le chef de la police leur promet un hiver au froid, et s’ils ne veulent pas…

Il fera venir les grosses machines

Heureusement, les barbapapas sont prêts à se défendre pour ne pas avoir trop froid

Les grosses machines tentent de faire peur aux assiégés

Qui leurs jettent alors des eaux usées

Les machines sont sales

Mais s’attaquent au balconnet

Et finissent par tout casser

Mais les barbapapas sont quand-même rerentrés

Et après avoir tout rangé…

Recommencent leurs activités !

[Publié le 4 novembre 2017 sur Indymedia Grenoble.]