Genève: procès Rue Royaume, contre la propriété privée, acquittement immédiat pour les inculpé.e.x.s !

Le 8 décembre 2025 au matin aura lieu le procès public de 12 occupant·exs du 8 rue Royaume, inculpé·exs pour avoir dénoncé les responsables de la crise du logement à Genève. Iels seront jugé·exs pour violation de domicile, dommage à la propriété aggravé et empêchement d’accomplir un acte officiel. Pendant ce temps là, cette crise se poursuit : des centaines de personnes dorment dans la rue et la majeure partie de la population ne peut pas se loger dignement. Et l’immeuble du 8 rue Royaume, avec sa façade proprement ravalée, est toujours vide.

Ce procès n’est rien de moins qu’une énième criminalisation de la lutte pour une ville sociale et solidaire, alors que le propriétaire de l’immeuble continue ses magouilles illégales pour spéculer et accumuler des profits en tout impunité ! Le 8 décembre, c’est la propriété privée qui se défendra au Tribunal, au détriment du droit au logement. Venons leur montrer de quel côté nous nous trouvons. Rendez-vous à 8h45 devant le Palais de justice pour scander haut et fort notre indignation, soutenir les inculpé.exs et leur action et acter notre résistance.

Le 9 février 2023, le 8 rue Royaume, laissé vide et en piteux état par son propriétaire, avait été occupé lors d’une manifestation. Cette action était hautement symbolique, puisque l’histoire de cet immeuble concentre à elle seule le pire de la spéculation immobilière. Son propriétaire Jean-Pierre Romy l’achète dans les années 1990 à un prix favorable. Puis il ne manque pas d’imagination pour faire fructifier son bien : spéculation illégale grâce à de faux contrats de bail, méthodes de marchand de sommeil et négligences graves dans l’entretien de l’immeuble. À tel point que deux incendies, en mars 2020 et janvier 2021 mettent en danger la vie de 46 habitantexs, forcéexs de quitter les lieux sans aucune perspective de dédommagement ni de relogement. Pourtant, les pratiques de Romy étaient connues des pouvoirs publics, puisqu’il était sous le coup d’une enquête du Ministère public (toujours en cours). Dans ce contexte, l’occupation du 9 février était plus que légitime. Pourtant, elle est violemment évacuée le jour-même, avec l’aval du Conseil d’État. En procédant à l’expulsion, les magistrats se sont cachés derrière la légalité, incapables de prendre leur responsabilité face aux dangereuses dérives de la spéculation immobilière.

Rappelons les revendication des occupantexs : Le droit d’usage prime sur le droit de propriété. Les espaces doivent appartenir à celleux qui les font vivre : que ce soit les associations de quartier, des collectifs de solidarités, ou des associations d’habitant·exs, peu importe, pourvu qu’ils soient retirés de la spéculation et des mains des proprios verreux, pour en faire des lieux d’habitat et de vie !

Pourquoi l’État n’a-t-il pas ouvert de discussion avec les occupantexs, alors que leur action n’était pas violente ? Pourquoi l’État a-t-il réprimé les centaines de personnes venues soutenir cette action ? Pourquoi l’État se satisfait-il d’un vague ravalement de façade par la société Burval, laissant l’immeuble toujours vide, presque 3 ans plus tard ? À l’heure de ce procès, à Genève,une écrasante partie de la population n’a pas de quoi se payer un appartement décent. Des centaines de personnes dorment dans la rue. Le 24 novembre 2025 dans le Courrier, les associations luttant contre le sans-abrisme rappellent que “l’aspect immobilier fait partie des freins majeurs à l’augmentation des places [d’accueil]”.

Rendez-vous le 8 décembre à 8h45 devant le palais de justice pour défendre notre vision du monde contre la leur !

Des logements pour tou·texs, maintenant !
Primat du droit d’usage sur le droit de propriété !
La justice des riches pour les riches, ça suffit !
Stop à la criminalisation des luttes sociales !
Stop à l’impunité de ceux qui profitent de la crise immobilière !
Acquittement immédiat des inculpé·exs !

Lettre ouverte signée par : Action Antifasciste Genève (AFA), Association des Juristes Progressistes (AJP), Collectif de la Grève féministe de Genève, Collectif Rue Royaume, Collectif Radical d’Action Queer (CRAQ), Conférence Universitaire des Associations d’Étudiant.e.x.s (CUAE), Jeunesse solidaire, Ciguë, Ligue Suisse des Droits Humains – section Genève, Porteous, Solidarité Tattes, SolidaritéS, Le Silure


Récap de la journée de procès – RDV mercredi 10 décembre pour le verdict !

Malgré l’horaire matinal, on était super nombreuxses lundi 8 décembre répondre à l’appel du collectif rue Royaume à se rassembler devant le tribunal ! Le parvis se remplit petit à petit, jusqu’à former une foule d’environ 200 personnes. Il y a une chouette ambiance, les gens se servent du café et du thé pendant que les discours commencent.

Vers 9h, les 12 inculpéexs entrent dans le tribunal sous les applaudissements et les encouragements. Iels sont suiviexs par une bonne partie de la foule qui va remplir la salle d’audience pour les soutenir. Pendant ce temps, au micro, on enchaîne les prises de parole : communiqué du collectif des inculpéexs de la rue Royaume, SURVAP (association de quartier des Pâquis), Groupe d’Action sur la Ville du Silure, collectif Bâtiments Vides, CUAE (syndicat étudiant de l’UNIGE).

On rappelle les pratiques crapuleuses du propriétaire de l’immeuble du 8, rue Royaume : il a laissé son immeuble en ruine, a logé des personnes sans-papiers donc vulnérables et obligées de payer des prix exorbitants pour des conditionss sordides. Sans bail, contraintes de vivre à 9 personnes dans des appartements exigus et sans cuisine fonctionnelle, les “”“locataires”“” du 8 rue Royaume ont été les victimes de deux incendies dus à l’état désastreux dans lequel ce marchand de sommeil a laissé son immeuble. A la sacrosainte propriété privée, on oppose le droit d’usage. A Genève, ville où la crise du logement rend la vie infernale à une immense partie de la population, des immeubles vides, ça s’occupe ! L’immeuble du 8 rue Royaume doit revenir à la population !

Dans la salle d’audience, on débute avec des questions préjudicielles, notamment : qui a porté plainte pour occupation illégale ? Est-ce que la régie M3 (qui s’occupe du 8 Royaume) est habilitée à porter plainte ? D’où proviennent les photographies du dossier de police ? Pourquoi est-ce que certaines photos manquent ? Est-ce que la police aurait éliminé des images qui attestent de la violence des policiers ce jour là ? Seule l’objection sur la provenance des images est retenue, ces images ne peuvent pas être exploitées dans le cadre du procès.

Un policier est ensuite entendu comme témoin. Il s’agit d’un officier de la police judiciaire qui n’était pas présent sur place, mais a été appelé à 18h le jour de l’occupation, pour aider dans une situation qui avait été identifiée comme extraordinaire par l’état major, vu le nombre de prévenuexs et la dimension politique de l’évènement. Son rôle est de rédiger un rapport d’arrestation qui établit les faits en se basant sur la main courante de la police ainsi que sur le journal BSP (Brigade de sécurité publique), un journal qui retrace les décisions prises par les forces de l’ordre ce jour là. Il parle des jets de peinture et de denrées alimentaires sur les policiers. La défense lui fait notamment remarquer qu’il n’y a aucune photo de ces dégâts dans le dossier. Ou encore, qu’il manque la fin d’un article du 20 minutes annexé au rapport d’arrestation, celle qui contient justement les motivations politiques de l’occupation de l’immeuble. Le policier répond qu’il s’agit d’une erreur car c’est en effet la partie la plus importante de l’article. “Bien vu !”, lui répond une avocate de la défense.

Les inculpéexs sont ensuite auditionnéexs sur le déroulement de la journée d’occupation. Quelqu’un décrit l’immeuble comme un musée de l’horreur qu’est cet immeuble, rempli de centaines de pigeons morts et d’un deuxième étage entièrement manquant. Qui peut se permettre de traiter un immeuble comme une trotinette qu’on abandonne dans la rue ?

Rappelons d’ailleurs les revendication des occupantexs : Le droit d’usage prime sur le droit de propriété. Les espaces doivent appartenir à celleux qui les font vivre : que ce soient les associations de quartier, des collectifs de solidarité, ou des associations d’habitant·exs, peu importe, pourvu qu’ils soient retirés de la spéculation et des mains des proprios véreux, pour en faire des lieux d’habitat et de vie ! Contre la spéculation immobilière, des logements pour touxtes !

L’après-midi, les 3 avocat.es des inculpéexs ont plaidé. Iels demandent leur acquittement, soulignant notamment les incohérences du dossier : les inculpéexs sont par exemple accuséexs d’avoir, pour entrer dans le bâtiment, endommagé une trappe à l’arrière du bâtiment….qui semble ne pas exister ! Aucune trace de cette fameuse trappe nulle part, un voisin atteste même que l’arrière du bâtiment a brûlé en 2021. Quel mystère… De plus, la pagaille générale (et causée par l’intervention violente de la police contre la foule dans la rue) ne permet pas de déterminer précisément qui a fait quoi : qui a jeté des légumes ? Et la peinture ? Depuis le bâtiment ou depuis l’extérieur ? Tout est flou et on ne peut pas condamner 12 inculpéexs sans savoir exactement ce qu’on leur reproche !

La juge rendra son verdict mercredi 10 décembre à 12h. Soyons nombreuxses dès 11h30 au Palais de justice pour être dans la salle d’audience et assister au verdict, ou pour attendre les inculpéexs à la sortie. Touxtes solidaires contre la spéculation immobilière !


Des squats en Suisse: https://radar.squat.net/fr/groups/country/CH/squated/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) en Suisse: https://radar.squat.net/fr/groups/country/CH
Des événements en Suisse: https://radar.squat.net/fr/events/country/CH


[Renversé le 30 november 2025 https://renverse.co/infos-locales/article/proces-rue-royaume-contre-la-propriete-privee-acquittement-immediat-pour-les-7911]