Communication publique à l’attention des soutiens de la Chapelle
» L’inacceptable dérive »
Alors qu’en novembre 2024, la mairie de Toulouse officialisait la promesse de vente de la Chapelle qui courait depuis 6 ans, elle choisit aujourd’hui de faire marche arrière. Par un courrier en date du 21 Janvier 2026, la mairie informait La Chapelle qu’elle souhaitait proposer lors du Conseil Municipal du 6 février 2026 de suspendre cette vente, en pointant les activités politiques du lieu, suite à une pression directe et explicite de la préfecture. La vente a donc été suspendue et la Chapelle mise à l’épreuve pour 3 ans, pour « vérifier qu’elle soit d’intérêt général ».
Loin d’être un évènement isolé, cette décision s’inscrit dans une politique de répression des lieux alternatifs et culturel à l’œuvre dans la ville rose depuis l’arrivée de Jean-Luc Moudenc à la mairie, mais également dans une politique globale de répression des mouvements associatifs et militants à l’échelle nationale.
À l’heure où les mouvements sociaux sont de plus en plus réprimés et où l’extrême droite se rapproche de plus en plus du pouvoir, cette offensive conjointe de la mairie et de la préfecture ne nous donne que plus de raisons de défendre des lieux de libre expression et d’organisation alternatifs et contestataires à Toulouse, comme ailleurs.
Squattée depuis 1993, la Chapelle a été rachetée à l’Archevêché par la mairie de Toulouse en 2009, durant le mandat de Pierre Cohen, pour 200 000 euros.
Initialement conçue comme un atelier de travail, au service des actions militantes de l’association Planète en danger, La Chapelle s’est peu à peu affirmée comme un lieu d’intérêt général, au service de la vie culturelle, militante et associative toulousaine.
En 2018, un bail emphytéotique est signé entre la mairie et l’Atelier idéal (association créée pour gérer le lieu) incluant une promesse de vente à 100 000€, activable d’abord pendant 5 ans puis pendant deux années supplémentaires suite à une prorogation lors de la crise sanitaire de 2020. Ce prix, bien en deçà de la valeur patrimoniale annoncée à 320 000€, correspond à la reconnaissance du travail bénévole déjà effectué par les occupant-es du lieu et aux nombreux investissements engagés sans l’aide d’aucune subvention, ainsi qu’à la valorisation des travaux de mise aux normes qui conditionnent alors la promesse de vente. C’est après 8 années de travaux à la seule charge des nouveaux locataires, et suite à l’aval de la commission de sécurité, que le lieu ouvre à nouveau..
Une campagne de dons est lancée en 2024 pour racheter collectivement La Chapelle et permet de récolter 173 000€ auprès de plus de 1500 personnes, démontrant ainsi l’attachement et l’espoir que cet espace suscite.
En mai 2025, la mairie officialise alors par courrier l’acceptation de la vente.
Le 26 septembre 2025, coup de théâtre lorsque la délibération concernant la vente de La Chapelle est retirée du conseil municipal, bloquant ainsi la conclusion de l’achat.
Après des mois de tergiversations et de fins de non-recevoir de la part de la mairie, c’est finalement par une lettre datée du 21 janvier 2026, signée par Sacha Briand (adjoint au maire et vice-président de Toulouse Métropole), que la mairie nous informe de son intention de suspendre pour une durée de trois ans la vente de la Chapelle. Cette lettre a été remise en main propre sur le lieu par la police municipale et s’appuie notamment sur une recommandation de la préfecture. La mairie justifie sa décision par la tenue de plusieurs événements au sein de la Chapelle qui auraient « systématiquement mis en cause l’État, pourtant garant de l’intérêt général. »
Ce prétexte qui mobilise des événements postérieurs à la reculade de la mairie, tente de placer le lieu hors du champ de l’intérêt général. Or, les évènements cités, s’ils interrogent des pratiques maintes fois documentées de divers corps de l’État, proposaient des temps d’échanges et de discussions ouverts au débat contradictoire.
En quoi, la mise en questionnement de politiques de l’État constituerait une atteinte à l’intérêt général ? Le pluralisme n’est-il pas un impératif démocratique fondé constitutionnellement?
L’intérêt général volontariste, tel que prôné en France, fait appel à la capacité des individus à transcender leurs appartenances et leurs intérêts pour exercer la suprême liberté de former ensemble une société politique. Cela n’implique pas d’uniformisation de la pensée et des idées mais au contraire la recherche de ce qui fait dissensus, afin de nourrir le débat d’idées et la recherche d’arbitrage et de délibération. C’est dans ce processus que s’inscrivent les évènements accueillis ou produits au sein de la Chapelle et qui s’adressent au plus grand nombre.
Signe des temps, les pouvoirs publics confondent leurs décrets avec la volonté de leurs administré·es . Si légalement, seul l’État peut décréter l’intérêt général, politiquement et philosophiquement, la question mérite un peu plus qu’une décision administrative.
La définition de l’intérêt général est au cœur de la dispute politique, sensément libre, voire protégée. La Chapelle ne fait qu’exercer le droit inaliénable à la discussion et à l’évaluation de l’autorité.
Que penser de l’alignement de la politique municipale sur les exigences préfectorales ?
Depuis le début de l’année 2025, la Chapelle voit la pression de l’État s’accentuer.
Tout d’abord, sous prétexte de tags fascistes et racistes ayant ciblés le lieu, une caméra de surveillance est installée en face de son accès principal, ce qui rend alors possible l’identification systématique des usager·es, au bon vouloir de la préfecture.
Ensuite, lors de la journée de mobilisation « Bloquons tout » du 10 septembre 2025, des policiers cagoulés ont pendant plusieurs heures empêché physiquement l’accès aux cantines et à la garderie qui se tenaient à l’intérieur de la Chapelle. Ils ont systématiquement contrôlé et fouillé toute personne voulant en sortir. L’interdiction de l « ACAB Party » du 13 décembre 2025, suite à une requête de M. Moudenc, vient s’inscrire dans ce mouvement global de répression. Cela empêche toute tentative de mise en lumière et de discussion des agissements de l’État, en l’occurrence ici, de ses forces de police et de gendarmerie.
L’autorité sans possibilité de remise en cause c’est l’arbitraire.
La Chapelle n’est pas seule concernée par ce que cherchent aujourd’hui à mettre en place la mairie et la préfecture. Il s’agit d’une politique nationale, comme le démontre le récent rapport de l’Observatoire des libertés associatives, qui documente de nombreux cas où les pouvoirs publics utilisent l’arme des subventions, directes ou indirectes, pour museler des opinions contestataires ou freiner des activités dérangeantes. Il s’agit d’une véritable injonction à la dépolitisation sur l’ensemble du territoire. Plus localement, ces deniers événements s’inscrivent dans un contexte de stigmatisation et de répression des lieux politiques ou culturels alternatifs de Toulouse. Le cas du collectif d’artistes Mix’art Myris, qui après des années de négociations, est finalement expulsé de ses locaux en 2024 pour des « raisons de sécurité », alors que depuis plusieurs années, les subventions municipales et métropolitaines n’avaient plus été renouvelées, est le plus emblématique. On pourra également penser aux Pavillons Sauvages, qui depuis la contractualisation d’un bail emphytéotique se retrouvent bâillonnés par les exigences de la bureaucratie municipale.
La liste est non exhaustive et on pourrait continuer longtemps à parler d’espaces alternatifs et/ou contestataires toulousains qui, quand ils n’ont pas dû purement et simplement fermer, ont été contraints a normaliser leur discours pour s’efforcer de ne pas déranger l’ordre* municipal.
Le projet semble clair, aucun espace ne doit être laissé à la contestation progressiste, anti autoritaire, anticapitaliste, ni aucun lieu pour les expressions alternatives et non-marchandes, tout cela au mépris même de la garantie libérale de liberté d’expression et de droit à la libre opinion. La répression autour de la dénonciation du génocide en Palestine en étant sans doute l’expression la plus scandaleuse.
La Chapelle est devenue au fil des années un espace culturel et politique emblématique de la ville accueillant des dizaines de milliers de personnes, des centaines d’associations et de collectifs, ainsi que des milliers d’artistes. C’est une caisse de résonance unique à Toulouse pour des paroles alternatives qui n’ont pas ou peu voix au chapitre. Autant de paroles qui interrogent le monde tel qu’il ne va pas, qui donnent à voir d’autres possibles.
Par ce texte, il nous semble primordial de rappeler l’importance de l’existence d’un tel lieu dans la vie associative, culturelle et politique de Toulouse et d’exposer les stratégies* de la préfecture et de la mairie pour le réprimer.
Un évènement de soutien à la Chapelle aura lieu au printemps et permettra alors de faire le point sur la situation du lieu, de discuter de la répression des lieux alternatifs et de se préparer à l’achat.
Nous appelons toutes les associations, les lieux culturels, les lieux de concerts, les collectifs, les habitant·es du quartier et les usager·es du lieu à prendre conscience du danger qui menace la Chapelle et à se mobiliser en conséquence, en particulier, en venant investir le lieu.
Nous appelons aussi toutes les personnes qui y ont passé une heure ou des années, à partager leur souvenirs sous toutes les formes possibles en vue d’une future exposition. Aux associations groupes ou collectifs à témoigner par lettre de la manière dont la Chapelle a été pour elles et eux nécessaires à leur activité, affirmant ainsi son intérêt pour le plus grand nombre.
Enfin, la Chapelle étudie bien entendu tous les recours à sa disposition et ne s’interdit aucune option.
Ne laissons pas l’État décider ce qui est d’intérêt général ou pas. Nous exigeons que la mairie signe immédiatement la vente de la Chapelle aux conditions prévues par la promesse de vente.
La Chapelle est notre maison commune. Elle vivra aussi longtemps que nous la ferons vivre.
La Chapelle est notre maison commune. Nous ne l’abandonnerons pas.
La Chapelle
36 rue Danielle Casanova
31000 Toulouse
la_chapelle [at] riseup [point] net
https://radar.squat.net/fr/lachapelletoulouse
https://lachapelletoulouse.com/
Des squats à Toulouse https://radar.squat.net/fr/groups/city/toulouse/country/FR/squated/squat
Des squats expulsés à Toulouse https://radar.squat.net/fr/groups/city/toulouse/field_active/1/squated/evicted
Des groupes à Toulouse https://radar.squat.net/fr/groups/city/toulouse/country/FR
Des événements à Toulouse https://radar.squat.net/fr/events/city/Toulouse/country/FR
Des squats en France https://radar.squat.net/fr/groups/country/FR/squated/squat
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) en France https://radar.squat.net/fr/groups/country/FR
Des événements en France https://radar.squat.net/fr/events/country/FR


