Notre-Dame-des-Landes: deux choses que vous ignorez sûrement à propos de l’ex-ZAD

Pourquoi tant de personnes ont quitté la zad, notamment après la légalisation de 2018 ? La nouvelle brochure publiée sur le site officiel de l’équipe de bac+5 qui a négocié la zad avec la préfecture n’en parle pas. Au-delà du récit malhonnête (car faisant abstraction de tout un pan de l’histoire du mouvement d’occupation), ces écrits ne présentent pas d’intérêt stratégique quelconque. On ne vous la recommande pas.

Pour le savoir, mieux vaut se tourner vers cette autre brochure (mais il en existe d’autres) qui raconte une histoire de la zad que l’on n’entend pas souvent. Faite de trahisons et de coups bas, mais aussi de résistances à l’autoritarisme : Contre la légende et l’oubli.

Ci-dessous, deux exemples factuels et peu connus qui illustrent ce que ces personnes étaient prêtes à faire pour sauver leurs hangars, leurs cabanes et leur réseau.

– la négociation secrète entre des membres du mouvement anti-aéroport (dont un naturaliste qui habitait alors à mi temps sur la zad et qui y habite encore aujourd’hui), le ministre de l’écologie de l’époque Nicolas Hulot et la préfète (dans le bureau de cette dernière). Un certain nombre de membres de la zad étaient au courant de cette négociation secrète car iels ont été invité.es à y participer. Iels ont refusé (elles avaient un peu de dignité quand même) mais iels ont accepté de ne pas partager cette info cruciale à leurs camarades. Une négociation secrète entre quelques membres du mouvement anti-aéroport avait lieu dans notre dos, iels le savaient et n’ont rien dit, se faisant ainsi complices de cette trahison. Cette trahison est documentée par la journaliste Eléonore Duplay dans son livre « Notre Dame des Landes, après la lutte ». Lunaire. Elle raconte par le menu la discussion qui a eu lieu dans le bureau de la préfète le 16 décembre 2017.

– Pendant les expulsions de 2018, alors qu’une moitié de la zad est détruite et la zone toujours occupée par les gendarmes, une AG est convoquée sur la zad. Que faire ? Céder à la pression de l’État qui demande aux zadistes de remplir des fiches individuelles justifiant de leurs activités sur place (ce qui allait contre une des lignes rouges que le mouvement s’était fixé avant les négociations : seule une solution collective devait être acceptée) ou ne pas céder et risquer de voir la 2ème moitié de la zad détruite. Après d’âpres discussions, un accord est trouvé : OK, on accepte que les lieux et personnes qui le souhaitent déclarent une fiche projet à la préfecture, mais en contrepartie, on lance une campagne pour inciter tous nos soutiens à remplir une fiche projet et à l’envoyer à la préfecture afin de submerger leurs services et de noyer les fiches réelles parmi des milliers d’autres. L’appel est lancé sur le site de la zad et sur reporterre.net mais quelques personnes prennent l’initiative de contacter reporterre.net pour leur demander de retirer l’appel et le retirent également du site de la zad. Bel exemple de sabotage d’une tentative de prendre la préfecture à son propre piège et s’essuyer les pieds sur une décision collective.

Pourquoi raconter ça aujourd’hui ?

Les personnes qui étaient influentes au CMDO à l’époque sont aujourd’hui à la tête des Soulèvements de la terre et de la coallition Guerre à la guerre.

Face à l’imminence du danger fasciste et au retour des guerres impérialistes, on va devoir mener des luttes avec des gens de notre camp avec qui on a des désaccords et même avec des gens qui nous ont trahi et nous trahiront encore probablement demain (syndicats, partis, aussi bien que les petits chefs de la zad). On préférerait ne pas, mais on ne peut pas se payer ce luxe, alors autant savoir de quoi ces gens-là sont capables histoire de limiter leur pouvoir de nuisance.

Ces trahisons, en plus de faire mal à des militant.es individuellement (beaucoup de personnes ont été durablement affectées par les trahisons de leurs anciens camarades), nuisent à nos luttes. La défiance engendrée par les trahisons des petits chefs de la zad a des conséquences encore aujourd’hui. Nombre de personnes refusent de participer aux actions des Soulèvements de la terre ou de Guerre à la guerre car iels savent l’influence de leurs traitres dans ces cadres.

Que faire face aux traîtres?

Il n’est jamais inutile de faire circuler les informations qu’iels cherchent à enfouir. Pour que chaque personne qui s’engage avec elleux le fasse en connaissance de cause. Mais ça ne suffira pas.
Le meilleur moyen de les empêcher de nuire n’est pas de les critiquer (ils ont un meilleur accès aux médias et aux canaux d’information que vous, leur récit l’emportera).

Pour les empêcher de nuire, il nous faut nous organiser, créer ou rejoindre des organisations révolutionnaires qui allient l’impératif d’efficacité, la capacité à favoriser l’implication du plus grand nombre (dans la participation aux actions autant que dans la définition de la stratégie) et le souci de ne pas reproduire les dominations et les pratiques autoritaires comme celles décrites ici. Il en existe, elles vous attendent !

Bonne lecture et à bientôt dans les rues

Ni cole Klein

Ni colu

[Publié le 19 mai 2026 sur Indymedia-Nantes.]