Barcelone: Récit de manifs

Le samedi c’est mani’
Le 19 mars 2005, y en avait même deux (trois en comptant celle contre la guerre):

– une première contre la normalisation/légalisation ou plutôt la pénalisation des activités des squats de Gracia (barrio de Bcn). La police veut vérifier que les restaurants sont aux normes que les bars ont l’équivalent de la licence 4!!!
Alors voilà, on s’est regroupé à une cinquantaine et on a défilé dans le quartier. CertainEs étaient masquéEs pour faire des grafs d’autres distribuaient des tracts aux gens du quartier… Moi je me suis senti comme dans une manif française assez consommateur voir mouton. A un moment on est passé devant une agence immobilière alors des gens ont fermé le rideau de fer et du même coup coincé les travailleureuses de l’immobilier à l’intérieur. Après on est passé devant la mairie qui fut elle aussi recouverte de tags. Des jeunes punks/skins du quartier ont voulu lancé des pierres mais ils ont surtout failli blesser un gosse qui passait au mauvais endroit au mauvais moment. On leur a dit de faire attention. Et hop tout ce joli petit monde (très punki-bb style) repart… Au coin de la rue j’ai pas le temps de comprendre que la moitié de la manif a déjà disparu. Je me retourne, des types au look de secretas (keufs en civils) commencent à apparaître, je décide de rejoindre au pas de course mes camarades partiEs devant. En fait elleux s’étaient misES à courir apres deux secretas justement… Il est prévu d’aller rejoindre le départ pour la deuxième manif mais au dernier moment est décidé (par qui, je sais pas et en tout cas pas par moi) de faire une visite à la librairie nazie du quartier. Quand j’arrive devant, les vitres volent en éclats et les livres sont envoyés par paquets dans la rue. C’est alors que sortent une bande de molosse des nazis des vrais, cheveux ras et allure de skins. Ils nous lancent des chaises et d’autres trucs et c’est la panique générale, la débandade. Moi, n’écoutant que mon courage, je me casse en courant avec les autres… Au bout d’un temps je me retourne, c’est bon personne ne me suit. On se retrouve à quelques unEs complétement pauméEs et assez flippéEs. Je peste contre la culture spontanéiste de ce pays et contre ma moutonnerie. Je suis aussi gêné et honteux d’avoir cédé à la panique et d’avoir du même coup laissé peut-etre des camarades aux mains de ces affreux. Je retrouve une connaissance qui s’est effectivement pris des coups et qui est assez traumatisé et énérvé aussi… On en est à ce point de la désorganisation que l’on ne sait même pas si il reste des gens là-bas. On décide d’aller à l’autre rdv. La-bas je retrouve mes amiEs et du même coup je me sens mieux, personne ne manque à l’appel, du moins c’est ce qui semble être le cas.

La deuxième manif a pour but la prison de Sants où un camarade est mort récemment. De même des groupes d’action se forment mais là, la police est beaucoup moins discrète. Plusieurs camions nous suivent de près et des secretas en pagaille se baladent en faisant les passants. Je me sens pas très bien et puis au fur et à mesure je me laisse prendre dans le truc et participe activement au défilé. La prison est en vue, beaucoup sont masquéEs, les slogans retentissent, les murs sont recouverts de slogans rebelles, des pétards explosent. Notre solidarité s’exprime ouvertement avec les prisonniers. Une camera se casse, symbole de cette société de contrôle où la rue devient aussi panoptique… Devant l’augmentation du nombre de secretas, on décide de se casser groupéEs jusqu’au métro. Voilà, je décide de quitter mes camardes pour me remettre de mes émotions qui ici semblent bien banales…

anonyme