Bruxelles: l’Armada – A partir d’une violence gratuite et onéreuse

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Comme remède à la vie en société, je suggère les grandes villes : c’est le seul désert à notre portée. – Camus

Vous avez peut-être déjà entendu parler du magasin gratuit de l’Armada, chaussée de Forest 193-195. Il s’agit d’un petit espace ouvert depuis quatre mois où se donnent et se prennent vêtements, jeux pour enfants, vinyls, vaisselle, objets de décoration, etc. Partant d’une initiative modeste, ce lieu a amené de nombreuses personnes à se croiser ; mères de famille congolaises comme chiliennes, vieux saint-gillois nés et restés sur la dalle, enfants du quartier marocains ou espagnols, chômeurs à vie (jusqu’ici tout va bien), bobos néo-implantés, ouvriers roumains ou portugais, cyberpunks en voie d’extinction… Nous n’aspirons pas pour autant à recevoir des subsides pour la multiculturalité ou la mixité sociale, nous essayons juste d’habiter une maison, une rue, des rencontres nous font et nous défont, poussée du monde qui nous oblige. Notre présence, un quartier vivant, quelques retours médiatiques indésirés… Ce lieu a pris de l’intensité, une petite ampleur, l’espace s’est dédoublé (hé oui, la papote est née), quelques activités fleurissent, des visages reviennent chaque semaine et régulièrement quelque chose comme une fête spontanée surgit à même le bitume.

Dans la nuit de dimanche à lundi, un peu avant quatre heures du matin, esprit divin ou éclair de trottoir, un bruit familier, alors que pour une fois l’insomnie nous a épargnés, nous nous réveillons en sursaut. Deux silhouettes détallent au coin de la rue, un panneau de signalisation a défoncé notre vitrine. Passer un pantalon, s’armer d’une batte, sauter sur les vélos. Une heure à quadriller le quartier, la chasse sera vaine. L’enquête s’arrête là, il y a bien assez de formes de police dans l’époque.

Si nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un acte délibéré (il y a des centaines d’autres vitrines à détruire à Bruxelles), nous ne sommes ni abattus ni tristes. Au contraire, notre détermination est intacte, voire amplifiée ; la bêtise humaine ne nous étonne plus, nous ne cherchons pas le consensus, il est plaisant d’être détesté par les plus ardents défenseurs de ce monde. Nous continuons et continuerons simplement à déployer notre empreinte sur le quartier : il semble préférable de partager des joies que de se laisser emporter par quelque esprit de vengeance. Dans un premier temps, le magasin gratuit sera ouvert toute la semaine (sauf mardi). En passant, notre stock s’étant une énième fois vidé, nous acceptons à nouveau les dons de vêtements. Pour la suite, voilà les « rencontres programmées ».

Jeudi 26 septembre : Lecture de poésies à la papote à partir de 15h (amenez vos carnets).
Dimanche 29 septembre : Discussion à la papote à 16h en vue de l’éventuelle continuation du magasin gratuit après la fermeture de l’Armada (30 novembre).
Samedi 19 octobre : Concerts (chanson française, jazz expérimental, klezmer manouche)
Vendredi 29 et samedi 30 novembre : Festival du naufrage de l’Armada.

N’hésitez pas à nous faire part de vos propositions de discussions ou ateliers à la papote (nouvel espace de veillée au rez-de-chaussée, muni d’une petite bibliothèque, de quelques tables et chaises, propice à la palabre et accueillant chaque dimanche une projection de film aux alentours de 21h).

Armada_Chaussée_de_Forest_193_195_Bruxelles___Enfin se pose la question plus épineuse de la vitre et de son coût. Les caisses du magasin gratuit étant logiquement vides, nous hésitons à la remplacer. Installer une planche de bois réduirait considérablement le peu de lumière du magasin, mais nous ne souhaitons pas débourser de notre poche les centaines d’euros nécessaires. C’est pourquoi nous nous permettons de lancer un appel à dons. Si vous désirez nous aider, vous pouvez envoyer de l’argent sur le compte BE90-000418063532 en spécifiant « magasin gratuit » en communication, ou plus joyeusement, venir nous rendre visite.

Publié sur Indymedia Bruxelles https://bxl.indymedia.org/spip.php?article2040&lang=fr