Lyon: « Les Rroms à l’extérieur de la ville à la rigueur mais pas dans un immeuble »

Expulsées deux fois en moins de deux semaines, des dizaines de personnes sont à la rue depuis le 20 août et se sont installées faute de mieux sur la place Sathonay. Face au quasi mutisme des autorités, des personnes prêtent assistance à ces familles et notamment le Collectif Ouvrons Les Yeux. Le canut-infos du vendredi les a rencontrées le 31 août. Une partie de l’entretien radiophonique est restituée et recomposée ici. Vous pouvez aussi l’écouter en bas de l’article.

Radio canut : Est-ce que vous pouvez rapidement nous présenter votre collectif ?

Au départ, nous sommes des étudiant.es en travail social de l’ARFRIPS à Vaise et ce centre de formation est juste en face de ce qui était encore il y a quelques mois un bidonville occupé par 120 personnes, moldaves, roumaines, toutes de culture Rrom.
Le collectif a un peu changé depuis qu’on lutte auprès de ces familles. On a été rejoint par des habitant.es du quartier de la croix rousse, par des ami.es à nous, donc c’est plutôt un melting-pot ce collectif aujourd’hui.

RC : Est-ce que vous pourriez nous rappeler où et dans quelles conditions vivaient ces familles il y a encore quelques mois ?

Ces 120 personnes vivaient dans un bidonville à Vaise. Elles étaient installées depuis un an et demi dans un parking souterrain. Il y avait de gros risques d’incendie donc il y a eu un procès qui a donné lieu a un rendu annonçant une expulsion à la fin de l’année scolaire. Nous, on a poussé pour que les autorités trouvent des solutions pérennes pour ces familles car il n’y avait aucune proposition de relogement, juste des propositions d’hébergement ce qui est pratique pour les autorités : Elles peuvent expulser sans faire de bruit et elles ne relogent les expulsés que pendant 15 jours.
Ce bidonville de Vaise s’est donc fait expulser, non pas à la fin de l’année scolaire mais début août. Après avoir saisi de nombreuses fois les pouvoirs publics lyonnais sans avoir aucune réponse, on a décidé début juillet d’ouvrir un squat sur les quais de Saone dans le 1er arrondissement pour pouvoir réagir lorsque les familles seraient expulsées. Le jour de l’expulsion, le 3 août, 70 personnes ont donc été accueillies dans ce bâtiment.

RC : Depuis ce relogement début août, que s’est il passé pour ces familles ?

Elles se sont fait expulser une deuxième fois en deux semaines !
Le squat était ouvert depuis début juillet et il ne semblait poser de problèmes à personne jusqu’à ce qu’il y ait des familles Rrom qui s’y installent. A partir du moment où ces familles se sont installées, il n’a fallu que 5 jours pour que les autorités les expulsent !
Un expert mandaté par le président de la métropole est passé. L’expert a pu rentrer car les familles ne s’en sont pas méfiées et il a rédigé une mise en péril de 48h. Selon lui un plafond menaçait de s’effondrer dans une salle bain. Cette maison faisait 300 m2, on avait refait toute la plomberie et l’électricité, il suffisait simplement d’isoler cette petite pièce si elle était vraiment dangereuse et on l’aurait refaite. On ne nous en a pas laissé le temps. C’est très concrètement une décision politique tendant à dire les Rroms dans les bidonvilles à l’extérieur de la ville à la rigueur -ils sont quand même restés un an et demi à 120 dans un parking souterrain inflammable- mais par contre pas d’inclusion sociale à l’intérieur du 1er arrondissement de la ville de Lyon !

RC : Que sont devenues ces familles depuis la seconde expulsion du 20 août ?

Environ 20 personnes, 4 familles environ ont été hébergées directement après l’expulsion pour une période d’environ 15 jours donc elles vont bientôt se retrouver à la rue. Elles ont été relogées dans une ancienne caserne gérée par l’armée du salut à Saint-Priest.
Le jour de l’expulsion y’a environ 30 autres personnes donc 7 ou 8 familles qui se sont rendues place Sathonay en bas des pentes de la croix rousse et qui dorment ici depuis. Voilà plus de 15 jours que ces personnes sont à la rue parmi lesquelles on trouve quasiment la moitié d’enfants et de personnes âgées fragiles.
Concrètement les familles se sont installées tant bien que mal avec les bagages qu’ils avaient…enfin seulement une partie de leurs affaires car le lendemain de la deuxième expulsion la police n’a laissé qu’une heure aux personnes pour qu’elles puissent récupérer leurs affaires dans le squat expulsé et deux personnes seulement pouvaient entrer et sortir les affaires de l’immeuble.
Dormir dehors c’est terrible et sur la place Sathonay c’est vraiment pas évident. C’est un lieu très fréquenté aux abords duquel il y a des bars, du monde le soir, bref un endroit vraiment pas confortable pour dormir.
Beaucoup de voisin.es et de passant.es sont venues nous parler pour connaître la situation car avec notre collectif on essaie d’être présent.es sur la place pour informer les personnes qui passent. Y’a pas mal de solidarité dans le quartier, des repas ont déjà été apportés, d’autres essaient d’appeler les autorités pour qu’elles réagissent et c’est ce qu’on fait aussi.
La mairie du 1er arrondissement nous a dit qu’elle n’avait pas le pouvoir d’ouvrir un lieu d’hébergement. La préfecture et la métropole qu’on est aussi allé voir nous disent soit qu’ils n’ont pas la compétence soit qu’ils vont faire passer le message. On a vu y’a pas longtemps dans la presse que la préfecture aurait trouvé une solution mais bon y’a pas eu grand chose depuis cette annonce. C’est difficile de savoir qui est notre interlocuteur.
Il y a des associations qui nous aident un peu, des gens viennent faire de la traduction ce qui est aussi très important, mais voilà le constat c’est qu’on a que des moyens de débrouille pour gérer cette situation d’urgence qui s’installe dans la durée. Les pouvoirs publics qui ont les moyens de prendre en charge ces situations ont déserté.

RC : Les familles ont besoin d’accéder à un logement ce qui est leur droit, est-ce que vous avez d’autres messages qu’elles vous ont fait passer ?

Oui, elles aimeraient beaucoup que certain.es passant.es arrêtent de les regarder ou de les prendre en photo comme des bêtes de foire ! Et sinon, y’a toujours besoin d’eau, de couvertures, de pulls, de papier toilette, de serviettes hygiéniques et puis aussi du soutien bénévole sur place…mais surtout ces familles ont besoin d’un toit ! Parce que là tout le monde est à bout, les personnes ne dorment pas, sont épuisées, la nuit il commence à faire froid, bref il faut vraiment que des solutions se mettent en place. N’hésitez pas à appeler la préfecture, la métropole, la mairie de Lyon, celle du 1er car si y’a bien un truc qui les touchent c’est d’avoir mauvaise presse !

Entretien avec 2 membres du Collectif Ouvrons Les Yeux (MP3 – 13 Mo)

Article publié le 7 septembre 2018 sur Rebellyon.

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