Burgos (Espagne) : c’est reparti à Gamonal ! Trois nuits d’émeutes contre un nouveau projet urbain

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En janvier 2014 dans la ville de Burgos et en particulier le quartier de Gamonal, une semaine d’émeutes avaient fait renoncer le maire à son projet d’aménagement d’un boulevard. Prétexte certainement futile, mais qui avait permis à de nombreux habitants du coin d’expérimenter auto-organisation, action directe sans médiation et solidarité. Lutte dans laquelle les compagnons n’ont pas été absents, et qui redémarre dix mois plus tard contre le projet d’aménagement d’une place. Est-ce utile de dire que les millions de ces travaux ont été attribués au mafieux local, surnommé « El Jefe » à Burgos, l’entrepreneur Méndez Pozo (condamné à 7 ans de prison pour corruption dans les années 1990), qui possède notamment les journaux du coin, dont le Diario de Burgos ?

Sur les émeutes de Gamonal en janvier dernier, voir les traductions des « Brèves du désordre »:
Madrid : affrontements lors d’une manif solidaire avec la lutte de Gamonal (Burgos) (15 janvier 2014)
Burgos (Espagne) : émeutes à Gamonal contre un projet d’aménagement urbain (15 janvier 2014)
Burgos (Espagne) : chronique locale de la révolte contre un projet d’aménagement urbain (17 janvier 2014)
Barcelone : manifestation enragée en solidarité avec la lutte de Gamonal (Burgos) (19 janvier 2014)


Soirées d’émeutes à Burgos contre un nouveau projet de spéculation urbaine, 6 et 7 novembre 2014
(Repris du Chat Noir Émeutier, 8 nov. 2014)

Les 6 et 7 novembre, des groupes d’incontrôlables ont rompu le déroulement pacifique des marches initiées par “l’assemblée contre la spéculation” contre les travaux d’aménagement de la Plaza de Toros dans le quartier Gamonal de Burgos (pour un montant total de 5,6 millions d’euros).

Dans la soirée de jeudi, des appels à se disperser sont lancés au niveau du 117 de la rue Vitoria par les organisateurs[*], ce qui n’est pas du goût d’une centaine de manifestants qui décident de repartir en cortège sauvage à travers les rues et de bloquer la circulation de la rue Vitoria : poubelles renversées et incendiées, mobilier urbain détruit, attaques à coups de pierres et de bouteilles d’une banque Santander et des bureaux du conseil municipal. Les émeutes ont duré pendant près d’une heure, alors que les forces répressives tentaient de casser la manif en tirant dans le tas aux flashball. L’émeute s’est terminée vers 22h.

En janvier dernier, la lutte contre l’aménagement du quartier de Gamonal – lancé par la municipalité (urbanistes et politiques avaient prévu de convertir la rue Vitoria en un boulevard et de construire un gigantesque parking souterrain) – a fait plier la mairie, qui a décidé d’arrêter momentanément les travaux depuis.

[*] “L’assemblée contre la spéculation” n’a d’ailleurs pas tardé à “condamner ces violences” qui ont suivi et aurait appelé à la dispersion par rapport à la présence “d’éléments incontrôlables” au sein de la manif.


– Burgos revit les tensions de Gamonal en protestation contre les travaux d’aménagement de la Plaza de Toros
(Traduit de l’espagnol de Europa Press, 7 nov. 2014)

Un groupe formé de plusieurs dizaines de personnes qui manifestaient ce jeudi [6 novembre 2014] contre les travaux d’aménagement de la Plaza de Toros du Plantío à Burgos a démonté une partie des barrières de chantier installées par l’entreprise de BTP puis s’est dirigé vers la rue Vitoria, où il a incendié plusieurs containers à poubelles, lancé des objets contre une banque et coupé la chaussée.

La manifestation lancée par l’Asamblea contra la Especulación [Assemblée contre la spéculation], à laquelle ont assisté 300 personnes, avait commencé ce soir sur la Plaza del Cid et s’est rendue aux abords du chantier El Plantío, où des travaux d’aménagement ont débuté il y a deux semaines, ce que l’assemblée estime comme un « gaspillage » qui implique un coût de 5,6 millions d’euros.

C’est là, sur la place, qu’un groupe de manifestants a mis à bas une partie de l’enceinte de protection installée pour exécuter les travaux, puis s’est dirigé vers la rue Vitoria, dont le chantier pour la transformer en boulevard avait déclenché une mobilisation sociale [une semaine d’émeutes] en janvier dernier -dite de Gamonal-, obligeant le maire Javier Lacalle à suspendre l’exécution du projet.

Ce jeudi, le groupe de manifestants a coupé la rue à la hauteur du numéro 141, là où les travaux du boulevard avaient débuté, tout en renversant plusieurs containers à poubelles, dont certains ont été incendiés, et ont lancé des pierres contre au moins une banque.

Ensuite, ils se sont réfugiés dans le quartier de Gamonal tandis que la police, avec une présence notable dans la zone, n’a pu intervenir à aucun moment.

Le groupe s’est dispersé vers 22h, laissant derrière lui une vingtaine de containers, des dégâts contre deux banques et plusieurs véhicules. Les pompiers ont du intervenir pour éteindre les flammes.


Castilla-Leon. Manifestations contre l’aménagement de la la Plaza de Toros de la ville – Au moins un détenu lors de la troisième nuit d’affrontements à Burgos
(Traduit de l’espagnol de EFE, 8 nov. 2014)

La troisième nuit consécutive d’émeute à Burgos lors des manifestations contre les travaux d’aménagement intégral de la Plaza de Toros de la ville s’est soldée par une arrestation, des vitres de banques brisées et des dégâts contre le mobilier urbain.

Les sources policières ont assuré que le détenu, qui s’est confronté aux anti-émeutes de manière violente, passera la nuit au commissariat et sera mis à la disposition de la justice demain.

L’assemblée convoquée contre les travaux de la Plaza de Toros s’est transformée en une manifestation qui s’est dirigée jusqu’au domicile du maire de la ville, Javier Lacalle [celle de jeudi s’était rendue Plaza de Toros et celle de vendredi à Gamonal].

Elle s’est rendue face à la résidence du premier édile de Burgos [Plaza de San Agustín], où s’est déroulée la première arrestation et les premières charges policières, tandis que des manifestants ont lancé contre les anti-émeutes des poubelles métalliques et autres éléments du mobilier urbain et ont lancé des pierres contre plusieurs véhicules de police.

Une partie des manifestants s’est dirigée ensuite vers le centre ville [rue San Pablo, Plaza del Cid, rue Santander et Plaza España], où elle a fait tomber plusieurs vitres d’agences bancaires comme celles du siège de la Fundación Caja Burgos et de la Caixa, dans la Casa del Cordón, et des agences de la Banco Popular, Bankinter et BBVA notamment.

De petits groupes, formés en majorité de jeunes, ont renversé dans plusieurs rues des containers à verre ou à poubelles et incendié une partie d’entre eux.

Un groupe d’une centaine d’entre eux s’est regroupé ensuite face au commissariat de la police nationale, protégé par des effectifs d’anti-émeutes.

A cette heure, aucun communiqué officiel n’indique le montant des dégâts et on ne sait pas s’il y a plus d’arrestations, ni le nombre de personnes contrôlées par la police.


La troisième nuit d’émeute, cinq personnes ont été arrêtées. Les deux mineurs ont été remis à leurs parents, et les trois adultes placés en contrôle judiciaire, accusés de « troubles à l’ordre public » (pour incendie de containers de poubelles) ou « agression » contre un flic. Six de ces derniers ont par ailleurs été blessés lors des affrontements devant la résidence du maire.
(Traduit d’El Pais, 9 nov. 2014)

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[Publié le 9 nov. 2014 dans les Brèves du désordre.]