Renens (Lausanne): Collectif Jean Dutoit, retour à la rue lundi 5 octobre

Collectif_Jean_Dutoit_Chemin_du_Closel_11_RenensNous devons quitter les lieux d’ici lundi 5 octobre, 12h00. Les autorités n’ont pas voulu entrer en négociation, et le juge a statué à huit clos sur fond de situation « d’extrême urgence ».

Dès notre arrivée dans l’ancien dépôt Heineken au chemin du Closel 11 à Renens, nous avons tenté à de nombreuses reprises d’ouvrir un dialogue avec les autorités cantonales propriétaires du bâtiment, ainsi qu’avec les Transports publics lausannois qui en sont les porte-forts. Ces appels ont tous été refusés par les autorités, qui prétendent ironiquement que nous sommes fermé-e-s au dialogue, et qui préfèrent s’en remettre à la justice pour répondre aux questions que nous soulevons. Sans entrer en discussion, les T-L soutenus par le Conseil d’Etat (communiqué du Conseil d’Etat du 23 septembre 2015) ont déposé une plainte civile contre tous les habitant-e-s de cette maison afin de les expulser. Ainsi, nous nous retrouvons une fois de plus face à une justice expéditive, sans n’avoir jamais eu l’occasion d’être entendu-e-s. Cette volonté de ne pas entrer en discussion musèle nos revendications : non seulement nous n’avons jamais eu l’occasion d’en débattre directement avec les autorités politiques municipales et cantonales, mais aujourd’hui, il ne nous est même pas possible de nous défendre devant la justice, dès lors que l’affaire a été jugée à huit clos, sans audience.

La décision d’occuper des bâtiments vides découle d’une urgence concrète et d’un constat d’impasse. D’un côté : un jardin expulsable, une centaine de personnes sans toit, des rues inhabitables, aucune ressource immobilière en notre possession ni riches sympathisant-e-s prêt-e-s à mettre la leur à disposition. De l’autre, des bâtiments vides de capacité suffisante pour loger tous les membres du collectif et qui permettent la visibilité nécessaire pour amorcer un débat qui nous paraît crucial et qui concerne tout le monde. Parler du caractère légal ou non de nos actions, tout comme du statut légal ou non des membres du collectif qui sont pour la plupart des personnes illégalisées dès leur entrée sur le territoire à cause des politiques migratoires de ce pays, nous paraît être un débat de surface insuffisant. Nous voulons parler de personnes sans toit, de bâtiments vides et de l’hiver qui arrive.

Le juge a admis la requête de mesures superprovisionnelles qui permettent d’accélérer les procédures sur la base de certains critères. Il nous ordonne de quitter les lieux d’ici au lundi 5 octobre, « au vu de l’extrême urgence ». Cette dernière est justifiée, selon le juge, par l’utilisation des locaux par les T-L, par un « éventuel » retard, « à terme » dans la réalisation du projet de tramway, et par le risque que le nombre de « squatters » (qu’il distingue des « migrants ») n’explose.

Pourtant, depuis le départ d’Heineken il y a quatre mois maintenant, les locaux administratifs et l’immense hangar sont pourtant vides. Le seul projet concernant le bâtiment est l’organisation cinq à dix fois par année de soirées d’entreprise, les T-L étant effectivement en contact avec une agence événementielle au sujet d’un éventuel contrat de location. Toutefois, celui-ci n’est pas encore signé et ne concerne que des événements très ponctuels, fait qui rendrait un accord entre toutes les parties possibles. Enfin, ce bâtiment étant voué à la démolition, et les crédits de construction pour le tramway n’étant même pas encore votés, la crainte d’un « éventuel retard, à terme », nous apparaît comme un prétexte justifiant une tolérance nulle.

Comment est-il possible de soutenir ces arguments face à une centaine de personnes qui ne demandent rien d’autre que de pouvoir dormir sous un toit, ici et maintenant, angoissées de voir arriver les grands froids ? Nous avons trouvé un logement, nous demandons que cette solution soit reconnue et tolérée.

Le collectif des habitant-e-s du chemin du Closel 11

https://renverse.ch/Communique-du-3-octobre-2015-320