Montpellier: Explosions & confettis. Que s’est-il passé au Karnaval des Gueux mardi 28 février

20170228_Karnaval_des_Gueux_MontpellierA Montpellier, cela fait des décennies que les pauvres, « les déviants » et tout ceux que notre société considère comme « indésirables », profitent de mardi gras pour occuper le centre-ville et choquer les bourgeois. A chaque fois, les politiciens nous ressortent les mêmes bobards : les karnavaliers se feraient manipuler par de méchants casseurs, les commerçants seraient tous du côté des policiers et il y aurait des blessés chez les policiers mais aucun du côté manifestant. Les journalistes qui ont parlé de la soirée de mardi dernier n’étaient pas présents au Karnaval et se sont exclusivement renseignés auprès des services de police pour écrire leurs articles, avec une mention spéciale pour France 3 qui a même partagé des vidéos de médias d’extrême-droite.

1) Le Karnaval des Gueux n’est pas organisé par un « noyau dur », c’est une vieille tradition populaire.

Selon le préfet, « sous des abords festifs, il s’agit d’une manifestation non-autorisée animée par un noyau dur du 150 à 200 personnes ». « Les organisateurs ont pu, cette année, s’appuyer sur le squat du Royal en centre-ville qu’ils occupent depuis plusieurs mois, afin de rassembler puis déployer aisément une véritable logistique nécessaire aux dégradations et à l’affrontement avec les forces de l’ordre ». Tous les ans, les pouvoirs publics et les médias locaux tentent d’attribuer la paternité du Karnaval à un groupe, une personne ou une idée politique alors qu’en réalité, cela fait depuis les années 1990 qu’entre 400 et 800 montpelliérains se donnent rendez vous tous les 28 févriers à 19h pour défiler dans le centre-ville. Le squat du Royal Occupé avait bel et bien lancé un appel pour y participer, mais rien de nouveau sous le soleil, les squatteurs ont toujours été pris d’affection pour ce Karnaval. Quant à la « véritable logistique » dont parle le préfet : les squatteurs du Royal ont effectivement détaché le dragon qui était accroché dans le hall pour le faire défiler pendant le Karnaval ; que la police tremble !

La force du Karnaval des Gueux, c’est précisément de réunir les familles, les enfants, les squatteurs, les clochards, les étudiants, les anarchistes, etc. Il n’est pas possible de réduire le karnaval à l’une de ses facettes (la casse, la danse, les confettis, les lacrymos), car ce qui fait sa force, c’est justement de rendre possible l’expression d’une pluralité d’envies et d’actions. Et la vérité, c’est que les seuls qui sont en mesure de guider le cortège pendant le Karnaval, ce ne sont pas les anarchistes, mais les batucadas ! N’en déplaisent aux rabats-joie : il n’y avait pas deux cortèges mardi dernier, celui des gentils et celui des méchants, mais un seul et même cortège populaire, festif et familial, même s’il est vrai que certains karnavaliers, et en particulier les enfants, sont partis après les premières lacrymos et grenades.

2) La police a commencé les hostilités en tirant sans raison sur les karnavaliers dès 21h30.

Du Peyrou jusqu’à St Roch, tout se passe comme d’habitude : les gens dansent autour des batucadas, les feux d’artifice émerveillent les enfants, un char à l’effigie de Philippe Saurel se fait calciner et les pauvres repeignent les vitrines des boutiques de luxe. Il y a tellement de karnavaliers que la place St Roch ne peut pas contenir tout le monde, et plusieurs groupes se rassemblent donc devant la chambre du commerce et de l’industrie, rue Jean Moulin, vers 21h30. La police bloque la rue du Cygne et, alors qu’aucun groupe de karnavaliers ne s’apprête à forcer le barrage des policiers, ces-derniers tirent des lacrymos et des grenades de désencerclement, forçant ainsi les familles avec enfants à fuir. Le cortège se divise en trois, des commerces de luxe sont saccagés et pillés puis les karnavaliers parviennent à se réunir place Jean Jaurès. Ça repart vers la Crise Pizza, rue de l’Aiguillerie, où les policiers de la BAC essayent de diviser le cortège par des tirs de flashballs à hauteur de tête. Plusieurs karnavaliers sont blessés mais grâce aux feux d’artifice, ils font déguerpir la BAC. L’ambiance est chaude, mais les batucadas retentissent toujours et les karnavaliers continuent leur chemin vers les Beaux-Arts. Un homme armé d’un couteau et voulant en découdre avec les karnavaliers est alors aperçu en train de discuter avec des policiers de la BAC. Une heure plus tard, tous les pneus des voitures garées aux alentours du squat Luttopia sont crevés. Vers minuit, les karnavaliers se dispersent dans le centre-ville et notamment près d’Observatoire où plusieurs personnes sont interpellées après une charge sauvage de la BAC.

La préfecture parle de « quatre policiers blessés », sans un mot pour les nombreux blessés du côté karnavaliers.

La BAC de Montpellier éclate le crâne d’un karnavalier.

3) Les commerçants ne sont pas tous contre le Karnaval, beaucoup ont été choqués par les méthodes de la police.

Les médias locaux se sont empressés de donner la parole à une commerçante de l’Ecusson qui a déclaré : « Les voyous ont cassé ma vitrine, mes mannequins, et arraché les sous-vêtements très chers qui se trouvaient dessus. ». Quelle horreur ! Les commerçants de la rue de l’Aiguillerie n’ont pas été interrogés mais eux parlent « d’au moins 10 tirs de flashballs et 10 détonations » et affirment que « des policiers sans brassards ont ramassé toutes les munitions des flashballs ». Un témoignage crédible, puisque, lorsque nous sommes allés fouiller les rues le lendemain matin, nous avons retrouvé des dizaines de grenades lacrymos, mais une seule balle de flashball, ce qui est très peu au regard des blessures constatées et des récits de tirs de flashballs à hauteur de tête. Les commerçants ne sont peut être pas contents quand leurs vitrines se font repeindre par des karnavaliers, mais ils ne sont pas non plus ravis lorsqu’ils se font gazer gratuitement.

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Tout a changé depuis deux semaines sur Montpellier : émeutes de lycéens, manifestations dans les quartiers populaires, liens noués entre militants et ultras [supporters de foot]. Les braises semées par le mouvement social contre la loi travail couvaient encore, et il suffisait d’une étincelle pour les rallumer.

/Le feu n’est pas prêt de s’éteindre/

Le Pressoir https://lepressoir-info.org/spip.php?article780

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Photos de blessures lors du karnaval, 28 février 2017

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