Berlin: nuit enflammée contre la ville de riches

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La soirée de ce samedi 9 juillet en solidarité avec les maisons occupées et les squats de la Rigaerstrasse (et notamment avec le squat Rigaer94 expulsé le 22 juin dernier, ce qui avait immédiatement mis le feu à la ville) s’annonçait enflammée. L’État avait bien sûr anticipé les multiples appels au désordre à la suite de l’expulsion et les attaques diverses en solidarité lui ont rappelé ce à quoi il pouvait s’attendre (cette manifestation n’étant qu’une étape dans la lutte polymorphe contre les responsables de la chasse aux pauvres et aux indomptés du capitalisme): plus de 1 800 policiers, dont beaucoup ont été réquisitionnés de plusieurs Länder (Saxe, Basse-Saxe, Saxe-Anhalt, Thüringe, Brandebourg) ont été déployés pour encadrer cette manif.

Bien que l’atmosphère de la manif soit restée hostile envers la police du début à la fin, c’est au cours de la nuit que la majeure partie des dégâts ont été causés aux infrastructures de cette ville de riches et du capital.

LoveRigaer94

Le rencart donné à 21h sur la Wismarplatz a réuni 1 500 personnes et le nombre de participantEs a rapidement grimpé à 2 000 pour atteindre finalement 3 500 personnes au niveau de la Rigaerstraße. A l’angle Grünberger Straße/Scharnweber Straße, des personnes montent sur un toit avec des fumigènes et suspendent une banderole qui donne tout de suite le ton pour la manif: « Love R94 / Hate CG-Gruppe [groupe immobilier qui a racheté les bâtiments du n°94 de la Rigaerstraße, ce qui explique en partie le pourquoi de l’expulsion, NdT] ». Ça fait à peine une demi-heure que la manif a débuté lorsque les premières pierres et bouteilles volent en direction des véhicules de patrouille de police. Au niveau de la Voigtstraße, un flic est blessé par un jet de pierre. A l’angle de la Rigaerstraße et de la Voigtstraße, une trentaine de personnes démolissent une clôture de chantier pour aller choper des munitions. Vers 21h45, les flics anti-émeute reçoivent une telle pluie de projectiles (tirs de feux d’artifice, pierres, bouteilles, etc.) que plusieurs d’entre eux sont blessés. Les vitres de deux voitures garées sont fracassées et les flics font massivement usage de gaz lacrymo. Jusqu’à 22h30, des projectiles volent en continu sur les forces de l’ordre, que ce soient au carrefour de la Liebigstraße et du Weidenweg ou celui de la Proskauer Straße et de la Bänschstraße. Au niveau de la Liebigstraße, deux keufs sont amochés par des jets de pierres bien placés. Au croisement de la Rigaerstraße et de la Zellestraße, les flics et leurs véhicules se font une nouvelle fois canarder. Alors que le cortège arrive au niveau de la Frankfurter Allee, une bombe agricole atterrit sur les rangées des flics, ce qui ne manque pas de les faire stresser un petit coup: les services de la police criminelle emportent l’engin avec eux pour l’analyser. La manif proprement dite prend fin vers 23h15 avec quelques jets de projectiles sur les chiens de l’État.

Un aperçu de cette belle nuit enflammée à partir de plusieurs articles de la presse allemande :

Vers 23h40 dans la quartier Prenzlauer Berg, une fourgonnette de la société AEG (spécialisée dans la production et la vente d’appareils d’électro-ménager) est incendiée dans la Oderbruchstraße.

Vers 1h à Mitte, trois voitures (Mercedes, Smart, Passat) sont incendiées dans la Kurstraße. Le bâtiment de l’administration du Sénat dédiée au développement urbain est attaqué par un groupe d’une trentaine de personnes masquées avec des pierres et des bombes de peinture.

Aux alentours d’1h20 à Friedrichshain, une voiture de l’entreprise publicitaire Wall (filiale du groupe JC-Decaux) part en fumée sur la Platz der Vereinten Nationen. Quasi simultanément, un caddy Volkswagen et un autre véhicule sont incendiés respectivement Landsberger Allee et sur la Comeniusplatz.

Vers 2h à Neukölln, deux pelleteuses d’un chantier sont incendiées. Sur la Mariannenplatz à Kreuzberg, des flics sont attaqués à coups de pierres par un groupe d’une centaine de personnes masquées.

Peu après 3h du mat’ à Steglitz, cinq véhicules sont en flammes dans la Robert-Lück-Straße. Malgré l’intervention rapide des pompiers, quatre d’entre eux sont complètement détruits.

Cette soirée qui s’est prolongée jusqu’à tard dans la nuit s’est terminée par 123 flics blessés et 86 personnes interpellées. Les flics ont engagé plus de 100 procédures pénales à l’issue de cette nuit, notamment pour « entrave au travail des forces de l’ordre ; graves atteintes à l’ordre public ; violences et blessures sur agents ; infractions à la loi sur les feux d’artifice », etc.


Extraits d’articles parus dans les médias maintsream:

AFP / Paris-Match, 10 juillet 2016:

 […] Le sénateur à l’Intérieur de la municipalité de Berlin, Frank Henkel, a dénoncé “une orgie de violence de l’extrême-gauche” et un “abus” du droit de manifester par “des anarchistes et fauteurs de troubles”.
Il s’agit selon lui de la manifestation de ce type la plus violente dans la capitale allemande depuis des années.
Les incidents se sont déroulés dans la nuit dans plusieurs quartiers centraux de Berlin mais l’ampleur des conséquences n’a été établie et communiquée que dimanche par les forces de l’ordre.
Outre les policiers blessés par des jets de pierres, de bouteilles ou par des coups, et les interpellations, la police a fait état de nombreuses voitures incendiées et de vitrines de magasin brisées dans la ville. Plusieurs manifestants ont été également légèrement blessés.
La plupart des manifestants interpellés ont été entretemps relâchés.
Leur courroux portait sur l’évacuation partielle d’un bâtiment, dans la Rigaer Strasse, occupé illégalement par des militants d’extrême gauche. 

Associated Press / journalmetro.com, 10 juillet 2016 :

« Un seul policier a dû être hospitalisé ».

[Publié le 11 juillet 2016 sur le Chat Noir Émeutier.]