Mexico: lettre de Pier, de l’Okupa Ché, après avoir été expulsé du Mexique vers le Chili

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Le 31 juillet 2016 aux environs de midi, plusieurs personnes qui se trouvaient aux abords de la Cité Universitaire ont été retenues avec violence par les vigiles de l’UNAM- Université Nationale Autonome du Mexique. Après avoir été brutalement tabassées, elles ont été remises aux Granaderos [police anti-émeute mexicaine].

Samedi 6 août 2016
Précisions concernant les faits survenus au Mexique

Ce dimanche 31 juillet, nous sommes 6 jeunes à avoir été détenus à l’intérieur des installations de l’Université Autonome de Mexico [UNAM], après avoir été tabassés et torturés par des fonctionnaires de la sécurité interne de l’UNAM. Je dois préciser que ce fait n’est pas un fait isolé puisque cela est dû à la persécution constante et au harcèlement que subit l’espace de travail autonome et autogéré Okupa Ché.

Après avoir été détenus pendant deux jours à l’intérieur de la préfecture de police Camarones, nous les 6 jeunes avons été remis en liberté à condition de payer la somme de 40.000 pesos mexicains [2.000 euros] dans un délai de 15 jours pour obtenir notre liberté définitive.

Pour ma part, étant étranger et n’ayant pas mon passeport sur moi, j’ai été transféré dans les locaux de l’office d’immigration Las Agujas, où je suis resté détenu et sans communication avec mes proches à partir du mardi après-midi. Pendant que j’étais enfermé, mes amis n’ont pas eu le droit de me remettre mon passeport, dans le seul but de retarder les démarches ; dehors, tous les copains étaient inquiets de ma situation car il leur a été dit que j’étais mis en examen, ce qui a contribué à les inquiéter encore plus, toute information me concernant leur étant refusée.

Après m’avoir emmené deux jours de suite à l’hôpital et gardé plusieurs heures sans être pris en charge, dans la nuit du jeudi, alors que l’on me ramenait à l’office d’immigration, j’ai eu la surprise de voir la voiture se diriger vers l’aéroport, pour soi-disant recharger un téléphone portable. Après plusieurs heures de détention dans une camionnette, des agents de l’immigration sont arrivés pour me dire que j’allais être renvoyé dans mon pays, sans me donner ni les raisons ni les motifs justifiant mon renvoi dans ce pays pourri qu’est le $hili.

Les raisons sont plus que claires et évidentes, il s’agissait de criminaliser le fait que j’étais engagé dans un espace anti-autoritaire et autonome, ce qui a été mis en évidence par les questions concernant cet espace et le mouvement Okupa, tant par la police mexicaine que par la police $hilienne.

Après 8 heures de vol j’ai été remis à la police (la maudite PDI), qui a continué le harcèlement en raison de mon appartenance à l’espace okupé, me remettant en liberté vers 7h30 du matin me relâchant dans l’aéroport sans rien. J’ai donc dû faire la manche pour arriver à Santiago et pouvoir prendre un bus jusqu’à Valparaiso.

Arrivé à Valparaiso j’ai rejoint un lieu sûr et j’ai alors pu retrouver mes amis, mes proches, mes compagnons, tous surpris car personne n’avait rien su de ma situation ni de comment j’allais. Aujourd’hui, ayant retrouvé la tranquillité de mon foyer, je peux me permettre de préciser les faits et remercier tous ceux qui se sont inquiétés de notre situation.

Je peux dire qu’en ce moment je vais bien, j’ai juste été tabassé, mais la douleur n’est pas due aux coups brutaux mais à la séparation d’avec mes compagnons, avec qui j’ai partagé des moments et des sentiments. Mais nos cœurs rebelles et indomptés ne se laisseront pas soumettre, ni par les coups les plus brutaux ni par les harcèlements incessants dont nous sommes l’objet quotidiennement.

Rien ne nous fera plier, ni ici ni ailleurs.

Il ne me reste qu’à remercier toutes les personnes qui constamment se sont inquiétées de notre situation, les copains qui sont restés jour et nuit à l’extérieur de la préfecture sans se soucier de la pluie, de la tristesse, du froid et de l’angoisse.

Merci à tous ceux qui, bien que libérés, n’ont cessé de s’inquiéter pour moi et ont été présents tous les jours où j’étais détenu à l’Office d’immigration, sans jamais me laisser seul bien que je ne puisse pas les voir (je ne donnerai pas de noms mais vous savez bien de qui je parle).

Merci de tout cœur à eux tous. Merci aussi à tous ceux qui malgré la distance se sont intéressés à notre situation et se sont mobilisés et continuent à se mobiliser pour nous aider dans tout ce qui était possible.

Cette semaine nous vendrons des bons de soutien pour envoyer de l’argent en solidarité à nos compas mexicains pour ce qu’ils sont en train de subir. Les bons peuvent être achetés soit auprès des compas du Komédor (cantine) Végétarien(ne) soit à moi-même.
Que la solidarité détruise les frontières.

Assez de répression et de persécution contre les espaces autonomes et okupés
Feu à toutes les prisons et les universités
Pour l’insurrection et la rébellion constante de nos vies
A bas l’autorité
Sans peur de la mort

Je vous serre fort dans mes bras et j’envoie des bises à tous les compas de l’Okupa Ché, vous me manquerez, mais bientôt nous nous reverrons, vous savez très bien que vous occuperez toujours un coin dans mon cœur indompté.

Pier le punk maudit
Contester toujours !
Punx toujours !

[Traduit par Amparo / correction Myriam.]


Les violences policières, les montages juridiques et médiatiques reviennent et s’exacerbent au moment où les autorités universitaires tentent de mettre fin à l’occupation de l’Auditoire Che Guevara [espace de travail autonome et autogéré Okupa Ché], espace qui a été occupé depuis la grève historique de l’UNAM- Université Nationale Autonome du Mexique, en 1999. Pendant 17 ans, les autorités n’ont cessé de provoquer un nombre incalculable d’affrontements et de harcèlements contre les occupant-e-s et sympathisant-e-s de cet espace, créant une atmosphère de persécution et de lynchage médiatique, d’emprisonnement et de répression.

Voir également : Halte à la diffamation et à la persécution de nos compagnon‑e‑s anarchistes Mario González et Nuria Ramírez

Sources: KehuelgaIndymedia-Mexico, La Cruz Negra Anarquista reporta, Okupa Ché , Sexta Azcapotzalco.