Valencia (Espagne): interview avec quatre membres du CSOA L’Horta

À Valencia, dans le quartier de Benimaclet, précisément au bout de la Carrer de Diógenes Lopez Mecho, à côté de la Plaça Tretze Roses, se trouve le CSOA L’Horta. CSOA pour centre social occupé anarchiste. L’Horta, c’est une grande maison, quelques bâtiments annexes, et un grand jardin potager, d’où son nom, « jardin » en catalan/valencien. Le tout, squatté depuis le 29 mars 2012, après avoir été occupé une première fois entre 2005 et 2007.


Z. et J., deux personnes de Paris-banlieue sont passées là-bas pendant quelques temps au printemps dernier. Z. en a profité pour interviewer quatre personnes actives à l’Horta. Voici pour Squat!net la transcription de ces entretiens, suivie de quelques informations supplémentaires:

Entretien avec L., 7 avril 2017, L’Horta, Valencia

L. — Je suis L., j’étudiais à l’Université quand le mouvement d’occupation de places des Indigné-e-s a commencé. Alors je suis allé aux manifestations, j’ai discuté avec les gens à propos de politique et tout ça. À partir du mouvement des places, j’ai rencontré des gens avec qui j’avais des idées en commun. Il y avait plein de gens, mais surtout, il y avait des gens qui étaient là en train de chercher des gens avec lesquels on pouvait faire des trucs pour changer la vie, quoi. C’est là où j’ai commencé à me radicaliser.

Z. — Donc c’est vers 2011…

L. — Oui. Avant j’étais non-conformiste, mais je n’étais engagé dans aucun projet social. C’est à ce moment-là, à l’assemblée de l’Université, que j’ai rencontré plusieurs des personnes avec qui on s’est investi à l’Horta ensuite. Après, j’ai abandonné l’Université sans finir mon cursus, sans diplôme… J’ai réalisé que ça ne servait à rien et j’étais très fâché avec tout le système académique alors j’ai quitté l’Université. Je me suis engagé ici en 2012, et en 2013 j’ai décidé d’abandonner l’Université parce que j’ai vu qu’ici j’apprenais beaucoup plus que là-bas, des trucs vraiment utiles pour se débrouiller dans la vie. Ici, à l’Horta, j’ai appris l’électricité, un peu de mécanique, de menuiserie, des travaux de chantier. Plein de trucs, alors qu’en même temps, à l’Université, je n’apprenais que des conneries, alors ça n’a pas été un choix très difficile d’arrêter.

Z. — Et t’as appris le jardinage, aussi, ou pas trop ?

L. — Si. J’ai appris à m’alimenter, aussi. C’est un truc que maintenant presque plus personne ne fait, à part ici. Ici, presque tout le monde se préoccupe de ça.

Z. — Du coup tu as participé à l’ouverture du lieu ?

L. — En fait, je suis arrivé quand l’espace était déjà squatté. Au début ça a été un truc rassembleur pour tout le monde que nous avons connu pendant le mouvement des places. On est tou-te-s venu-e-s, on a tou-te-s passé quelques jours ici quand ça a été squatté. Quand j’ai entendu qu’il y avait un gros site occupé, je suis venu, quatre jours après que ça a été squatté, avec un copain qui connaissait le lieu, parce qu’au départ je ne savais pas où c’était. Et je suis entré avec lui et à ce moment-là je me suis engagé. J’ai vu le potentiel de l’espace. Bon, il y avait plein de travail à faire mais ça valait le coup. Au début, ça a été un peu bizarre parce que c’était un squat avec beaucoup de gens qui passaient. Pourtant c’était pas encore ouvert au public, il y avait un petit trou là dans la porte de la cuisine, on entrait tou-te-s par là. Et tous les jours il y avait une ou deux assemblées. Il y avait chaque jour 25 personnes dans une toute petite pièce là-haut. Mais le truc, c’est que d’un jour sur l’autre, la moitié des gens étaient différent-e-s. Il n’y avait pas vraiment de groupe consolidé. Il y avait plein de gens mais ça variait beaucoup.

Z. — Mais les gens qui ont ouvert tout au début, quelques jours avant ?…

L. — Il y avait un groupe qui s’était réuni avant pour squatter. Mais bon, de ce groupe, il y en a très peu qui sont resté-e-s après. Presque tout le monde qu’il y a aujourd’hui dans les assemblées sont des gens qui sont arrivé-e-s après. Pour squatter un bâtiment, tu sais, il faut pas un gros groupe, il en faut un qui surveille, deux qui entrent… Le truc, c’est que plein de gens savaient que ça allait arriver.

Z. — Ça veut dire que les gens qui ont pratiquement ouvert ils faisaient partie d’un projet plus large, où l’idée c’était déjà de faire un centre social, ou…

L. — Oui et non. Bon. Il y avait plein de gens qui avaient déjà participé à d’autres projets de squats. Il y avait des gens qui connaissaient déjà le lieu, parce que ça a été squatté il y a dix ans, entre 2005 et 2007. Donc là, en 2012, il y avait un groupe de gens qui voulaient rouvrir ce lieu, mais c’était un peu bizarre parce qu’on connaissait ces gens depuis le mouvement des places mais pour l’Horta ils voulaient plutôt être un groupe de soutien, ils voulaient que ça soit fait, que ça soit squatté, mais pas forcément s’y investir par la suite. C’était un truc un peu bizarre (…). Puis, il y avait l’idée d’y faire un centre social, et pour ça il y avait déjà des références dans la ville. Il y avait d’autres projets, tu sais. Depuis 1989 ou 1990, il y a eu plusieurs projets comme ça, alors ça a été l’idée de faire un truc semblable. Petit à petit, on a commencé les chantiers, les travaux, ça a servi un peu de filtre, parce qu’il y avait plein de gens qui venaient tout le temps mais tout le monde ne pouvait pas s’engager à plein temps, et il y avait plein de gens qui aimaient être ici mais qui n’aimaient pas trop s’investir. Alors avec les gens qui sont resté-e-s ici, on a formé un groupe consolidé. Un groupe solide, quoi. On se connaissait très bien les un-e-s et les autres, on savait qu’on travaillait bien ensemble. On avait vécu ensemble différents moments alors il y avait plus de confiance aussi. Les travaux n’ont jamais été terminés, mais quand on a pu ouvrir les portes et les fenêtres du rez-de-chaussée de la maison, on a commencé les activités. Et on a fait des activités comme tous les centres sociaux qu’on connaissait d’avant. On a commencé par ouvrir un jour dans la semaine, faire un peu de bouffe pour les gens, peut-être de la musique ou des animations, des spectacles de théâtre ou autre. On a commencé comme ça, et après il y avait un mec dans l’assemblée qui avait déjà participé à la version antérieure de l’Horta, qui s’y connaissait en potager, alors on a travaillé une petite zone, là, à côté de l’arbre là, et après on a eu l’idée de transformer tout ça en petits potagers pour les gens. Alors on a fait un appel à destination des gens qui étaient intéressé-e-s pour cultiver.

Z. — Ça aussi c’est 2012 ? Ça a été assez rapide.

L. — Oui. Avec le démarrage des activités ici, je crois. Il y a plein de gens qui sont venu-e-s ici. À ce moment-là, il y a eu une deuxième assemblée et ça a été l’assemblée du potager.

Z. — En plus de l’assemblée de l’Horta, du centre social ?

L. — Oui. Au début, on avait un peu peur que ça devienne quelque chose de trop grand, qu’on ne puisse plus contrôler. Mais après on a vu que le truc vraiment intéressant était que ça devienne une assemblée complètement autonome. Parce que ça n’avait rien à voir. On a posé des conditions pour l’utilisation de l’espace, mais très peu. L’assemblée du potager devait respecter l’espace, devait cultiver écologiquement. Et les gens devaient participer aux les tâches d’intérêt collectif. Ça a été des conditions approuvées par l’assemblée. Et à partir de ce moment-là, ça a été une assemblée autonome.

Z. — Et encore maintenant ?

L. — Oui, encore maintenant. On a fait toujours des trucs ensemble, on partage l’espace. Depuis quelques temps, ce n’est pas un truc périodique mais on fait des réunions ensemble, tous les collectifs qui travaillent maintenant dans le centre social.

Z. — Qui sont lesquels ?

L. — Au début, il y en avait deux: l’assemblée du centre social et l’assemblée du potager. Mais maintenant, il y en a plein. Il y a le projet de l’école libre, le projet éducatif. On n’aime pas trop l’appeler « école ». Ça s’appelle la Casita de la huerta (la petite maison du jardin). Après il y a eu des assemblées des collectifs qui viennent ou venaient se réunir ici. Puis il y a eu la bibliothèque. Et il y a d’autres projets qui sont nés ici, comme un atelier guitare, un atelier boxe…

Z. — Il y a un atelier vélo on dirait aussi…

L. — Oui il y a un atelier vélo mais là il n’y a jamais eu d’assemblée pour ça. Il y a eu des gens qui ont travaillé pendant longtemps dessus mais après ça s’est arrêté. Il n’y a jamais eu de truc formel pour suivre l’activité de l’atelier vélo. On a essayé mais ça n’a pas fonctionné.

Z. — Et par exemple l’Antitienda (l’antimagasin, zone de gratuité située au 1er étage de l’Horta), c’est des gens du centre social qui s’en occupent ?

L. — Oui. Ça c’est un peu autogéré on peut dire. C’est plus ou moins autogéré…

Z. — Je trouve que ça va…

L. — Des fois c’est très bien. Parce que l’anniversaire c’était il n’y a pas longtemps alors on a rangé tout, mais des fois ça devient un peu bordélique.

Z. — C’est souvent comme ça ce genre de truc.

L. — Mais bon, ça s’est beaucoup amélioré avec le temps. Parce que les gens ont compris que si tu amènes des vêtements tu peux pas les laisser comme ça. Ou si tu vas prendre quelque chose c’est bien si tu ranges un peu. Après, il y a aussi un atelier de sérigraphie. Au début il y avait un groupe de gens qui géraient l’atelier mais là il est un peu délaissé. Mais quand on a besoin de faire des t-shirts on rentre là et on les fait.

Z. — Qui est propriétaire des bâtiments de l’Horta ? Comment ça se passe à ce niveau-là, avec les autorités, etc. ?

L. — On n’a pas eu de gros problèmes avec les propriétaires, ni avec la police. Et ça, ça a été bien parce que ça nous a permis de dédier notre énergie à d’autres choses, et d’offrir un espace assez sûr pour les voisin-e-s et les gens qui viennent, pour qu’ils n’aient pas peur de venir ici. Il y a plusieurs autres projets de squats qui ont été emmerdés par la présence constante de la police. Ici, on a eu de la chance.

C’est assez complexe d’expliquer qui est légalement propriétaire des bâtiments de l’Horta, car ça a été la propriété d’une famille riche du quartier, mais avec le plan d’aménagement urbain local (équivalent du plan local d’urbanisme à la française), ils ont voulu urbaniser tout ça, bâtir des grands immeubles comme ceux d’à côté, et « heureusement » il y a eu la crise économique qui a empêché de faire ce projet. Alors ça a été exproprié par la mairie, puis légué à une entreprise de BTP pour qu’elle y construise un nouveau projet, mais du fait de la crise économique l’entreprise en question n’a rien pu mettre en oeuvre. Alors maintenant, la propriété est divisée en plusieurs parties: il y a l’entreprise qui est co-propriétaire pour le projet de construction, il y a les héritiers de la famille propriétaire qui ont toujours un droit d’usage sur les bâtiments, et il y a une partie de la propriété qui appartient à la mairie.

Pour parler un peu de notre relation avec le voisinage, au début ça a été assez difficile, mais je crois qu’on a réussi à casser certains clichés qui collent à la peau des squatters. Tout le monde sait qu’on est radical, qu’on est anarchiste, qu’on est contre le système, mais on considère qu’on n’a pas besoin d’avoir une esthétique agressive pour que les gens sachent ça. Cela a aidé à « normaliser » le fait qu’on soit là en train de squatter des bâtiments pour ouvrir un espace au voisinage qui soit un espace dans la ville, autogéré, et un espace pour nous aussi, pour « nous », je veux dire pour les collectifs impliqués, pour le collectif qui fait vivre l’Horta. Mais bon, il y aura toujours des voisin-e-s qui ne voudront jamais comprendre, ou accepter.

Le projet de squat de l’Horta, pour la ville de Valencia, c’est devenu une référence à plusieurs niveaux: pas seulement pour les squats, mais pour beaucoup de projets politiques, pour les mouvements sociaux. Tous les collectifs antiautoritaires locaux comptent sur l’Horta comme une source pour organiser des activités, des luttes, etc.

Z. — En arrivant ici, j’ai été étonné d’apprendre qu’il n’y avait pas d’habitant-e-s à l’Horta, parce qu’en France c’est très compliqué de tenir un squat sans habitant-e-s, surtout à cause des relations conflictuelles avec les propriétaires, la police et tout. Et même sans ça, sans habitant-e-s le lieu est plus vulnérable en cas d’attaques venant de l’extérieur [1].

L. — Oui. Ici, il y a eu des habitant-e-s, au début, mais ça n’a pas bien fonctionné. Ce n’était intéressant ni pour le projet collectif ni pour les habitant-e-s. Au bout de quelques mois, peut-être au bout d’un an, je ne me souviens plus très bien, on a décidé que ce serait mieux d’essayer de faire vivre l’Horta sans habitation. Dans cet espace, c’est très difficile de mélanger l’habitation personnelle et les activités collectives. Comme tout l’espace est utilisé pour des activités, il n’y a pas d’endroit que l’on peut dédier exclusivement à l’habitation. Les gens qui habitaient ici finissaient toujours par être épuisé-e-s, parce qu’ils travaillaient comme des concierges permanents, dès que quelqu’un venait, à n’importe quelle heure, pour ouvrir-fermer la porte, et il y avait des fois où la fête se prolongeait… Même si on a toujours fait attention à ça, on a d’ailleurs presque toujours respecté les horaires qu’on décidait, notamment pour les voisin-e-s, c’est quelque chose d’important pour nous.

Notre heure limite, c’est 2 heures du matin, on ne fait jamais rien après. Et ce n’est que le jeudi qu’on organise des événements qui peuvent durer jusqu’à 2 heures du matin, jamais le week-end car on a vu que les week-ends les gens venaient dans un état d’esprit différent, pour prendre de l’alcool et finir complètement bourré-e-s. Donc le week-end on n’organise pas de soirées tardives, on va ailleurs. Et on ne fait pas ça uniquement pour les voisin-e-s, mais aussi pour l’Horta, parce qu’on a remarqué que trop souvent après quelques heures les soirs de week-end les gens perdent complètement le respect de l’espace et des personnes, et arrêter avant est la seule façon qu’on a trouvée pour éviter ça.

Donc le fonctionnement sans habitation a bien fonctionné depuis tout ce temps, mais depuis quelques semaines on a eu des problèmes de vol/cambriolage à deux-trois reprises pendant la nuit. Alors on recommence à dormir sur place, sans habitation fixe, on tourne, mais c’est assez chiant car ça demande une organisation collective assez contraignante.

Entretien avec Yolanda, 7 avril 2017, L’Horta, Valencia

Yolanda — Je m’appelle Yolanda, je viens de Madrid et je vis à Valencia depuis plusieurs années. Je suis infirmière, et je suis la maman de deux jeunes enfants. C’est pour ça que je suis venue à l’Horta, parce que ma femme et moi cherchions un moyen de ne pas scolariser nos enfants. Et c’est un peu compliqué car en Espagne c’est obligatoire. Alors on a trouvé l’Horta, où se trouve un petit projet éducatif qui s’appelle la Casita de la Huerta, c’est un des nombreux projets de l’Horta. Il s’agit d’un projet spécifique pour les enfants, pour l’éducation libre. Ça fait deux ans qu’on y participe et nous sommes très contentes, parce que c’est une façon d’éduquer très différente mais pour nous très enrichissante.

Z. — Donc tous les matins à l’Horta il y a des gens qui viennent avec leurs enfants…

Yolanda — Oui, on est un groupe de parents, la Casita de la Huerta est ouverte du mardi au vendredi, de 10h à 13h. Nous venons avec les enfants, et nous travaillons avec les enfants. Ils décident de ce qu’ils veulent faire, de ce qui les intéresse, et nous on leur propose des activités. Mais on ne place les enfants dans aucune forme impérative, car ça les mettrait dans une posture passive, sans motivation. L’autre chose importante et positive, c’est qu’on forme une communauté, on travaille tou-te-s ensemble avec les enfants, et les enfants voient un groupe d’adultes qui travaillent ensemble, qui parlent ensemble, qui décident ensemble, et ça du point de vue de la société ce n’est pas normal. Normalement, il y a un chef qui te dit ce que tu dois faire et tu n’as rien à dire. Ici, ce n’est pas comme ça, tout le monde travaille et décide ensemble, et ça c’est un côté de l’éducation qu’on ne peut pas trouver ailleurs.

Z. — Peux-tu nous dire comment tu as connu l’Horta ?

Yolanda — Il y a deux ans, je cherchais sur internet des écoles alternatives, et je suis tombée sur le projet de la Casita de la Huerta. Alors on est venues pour rencontrer les parents investis dans le projet et on a commencé après avoir discuté avec eux et elles. Quand une nouvelle famille arrive avec un/des enfant/s, on discute tou-te-s ensemble pour décider s’il y a compatibilité entre eux-elles et le projet. En ce moment, on est cinq familles impliquées dans le projet. Il y a des enfants de 0 a 8 ans et l’idée est que ce soit un projet durable, pérenne.

Z. — Est-ce que ce projet a commencé en 2012, dès le début de l’Horta ?

Yolanda — Non, c’est un projet qui existait déjà avant l’Horta, dans un autre lieu, avec un groupe de parents qui avaient créé un projet de crèche collective, qui s’est ensuite développé en projet éducatif libre, et le contact a été pris avec l’Horta pour continuer ça ici. Donc la Casita c’est une salle dans l’Horta, et il y a aussi un espace dehors, avec des jeux pour les enfants.

Jamais je n’aurais pu imaginer arriver ici, j’ai reçu une education très « normale », à l’école, etc. Avant d’accoucher, je pensais mettre mes enfants à l’école, mais après, en réfléchissant à l’éducation à donner à nos enfants, on s’est dit qu’on aimerait autre chose pour eux. La première fois que je suis venue ici, dans un centre occupé, ce n’était pas gagné, ce n’est pas mon “style”… mais on a fini ici quand même, explique-moi comment c’est possible ? (rires) Mais depuis deux ans, je suis vraiment ravie.

Z. — Et le fait d’être deux femmes avec des enfants, deux mamans…

Yolanda — À l’Horta, ou en général ?

Z. — Les deux…

Yolanda — À l’Horta, ça ne pose aucun problème, ici c’est « normal ». À l’extérieur non plus à vrai dire… J’ai des copines lesbiennes qui sont mamans aussi et qui me disent qu’elles ont été confrontées à des problèmes dans leur vie quotidienne, mais moi jamais, et ma femme non plus. Ni parmi nos ami-e-s, ni dans le travail, ni même dans le reste de la société. Pourtant au boulot je l’ai dit ouvertement, je suis mariée avec ma femme depuis cinq ans. Je pense que pour les gens comme nous, qui avons passé la trentaine, il n’y a pas trop de problèmes qui se posent, mais c’est plus difficile pour les jeunes. Quand tu as 18-20 ans et que tu croises des groupes de 3-4-10 imbéciles, ça peut être compliqué… Nous, on a un cercle de relations assez confortable, nos ami-e-s et familles sont tres tolérant-e-s. Mais si on allait à l’église ou quoi, ça serait sûrement différent…

Entretien avec Amparo, 8 avril 2017, centre-ville de Valencia, pendant la Mostra del llibre anarquista

Amparo — Je suis Amparo, j’ai 31 ans, j’ai étudié la sociologie mais là je travaille dans un bar. À l’Horta, je suis impliquée dans trois projets… Je suis arrivée à l’Horta à la suite du mouvement du 15M, des occupations de places. La plupart des personnes qui sont impliquées à l’Horta ont participé à ce mouvement. Au tout début de l’Horta, je n’étais pas là. Au même moment, j’habitais dans un autre quartier, Ruzafa. Mais à peu près un an après l’ouverture de l’Horta, avec un compagnon on y a organisé un atelier de guitare, gratuit et autogéré, qui de fait continue encore aujourd’hui. L’idée était de faire ça de manière horizontale, avec l’idée que l’apprentissage de savoir-faire peut se générer collectivement, sans professeur ni élève, chacun-e amenant ses idées et ce qu’il-elle veut apprendre. Très vite, les niveaux se sont mélangés, entre les gens qui avaient déjà une bonne connaissance de l’instrument et celles et ceux qui débutaient. Là ça fait quatre ans que cet atelier existe, selon les périodes il n’y avait pas tout à fait les mêmes personnes, avec parfois une implication un peu légère, peut-être du fait de la gratuité de l’atelier, mais depuis deux ans un groupe formel s’est formé autour de l’atelier, avec un suivi assez sérieux. Personnellement, tout ce que je connais en guitare, je l’ai appris dans cet atelier. Bon, je n’en connais pas énormément, hein, mais ça ça va, ça fonctionne.

Z. — Peux-tu nous parler du projet de jardin-potager de l’Horta ?

Amparo — Le collectif des jardins est un des grands succès du centre social. C’est certainement le projet de l’Horta qui a réuni et réunit encore le plus de gens différent-e-s, qui, sans appartenir à une idéologie politique très concrète, en raison de leur propre activité sur le jardin-potager et de comment ça s’organise, finissent par développer des outils de fonctionnement horizontal, libertaire, de responsabilité collective. Et tout ça, aussi bien entre individus qui connaissent très bien le fonctionnement en assemblées et ce genre de choses, et individus qui ont dû apprendre tout ça sur le tas. Le projet des jardins contient un peu plus de 70 parcelles. Avant ça, il y avait un terrain vague, sans aucune végétation. Tout s’est construit au fur et à mesure, tout le système des rigoles pour l’eau, l’utilisation de l’eau des terrains alentours pour arroser les jardins de l’Horta (…). Le collectif des jardins tient des assemblées régulières, toutes les semaines, alternant le mercredi et le dimanche pour que tout le monde puisse y assister. Chaque groupe, chaque individu, peut avoir sa propre parcelle, mais l’idée c’est que les travaux collectifs concernent un peu toutes les personnes actives d’une manière ou d’une autre sur les jardins. L’idée n’est pas tellement que chacun-e aille travailler sa parcelle en solitaire, mais plutôt de faire un maximum de choses collectivement, de communiquer les un-e-s avec les autres, et bien sûr d’être attentif à la question de l’autogestion. Il y a des groupes qui effectuent une rotation pour le mainitien des parcelles, par exemple pour l’utilisation de l’eau il y a un groupe qui s’occupe de l’irrigation de tous les jardins, et tout ça demande pas mal d’attention.

Ensuite, c’est certain que l’assemblée ne fonctionne pas toujours aussi bien que ce qu’il faudrait… Comme toujours pour ce genre de choses, il y a beaucoup de gens et l’implication n’est pas la même pour tout le monde. Mais quand même, ce projet me paraît super intéressant, surtout parce qu’à la suite de toutes ces assemblées, de tous ces repas collectifs qui y sont organisés, je crois que tout plein de gens qui n’étaient pas politisé-e-s du tout voient bien qu’il est possible de fonctionner d’une autre manière, sans hiérarchie, sans médiation, en partageant, en collectivisant. Aussi, ce projet réunit des personnes de tous les âges…

Z. — Et il y a beaucoup de gens du quartier dans le projet des jardins ?

Amparo — Pas spécialement. De fait dans le projet il y a beaucoup de gens du quartier mais il y a aussi beaucoup de gens qui ne vivent pas dans le quartier, mais qui se rendent au jardin et ont une partie de leur vie quotidienne là-bas.

Z. — Donc c’est un mélange de gens non-politisé-e-s et de gens du mouvement anarchiste…

Amparo — … des gens qui sont au chômage et qui ont du temps pour ce genre de projets et avaient envie de s’occuper d’un jardin, des gens de divers horizons. Il y a aussi une association pour personnes qui souffrent de troubles psychiques qui est impliquée dans le projet des jardins, ses usager-e-s ont leur parcelle, ça fait partie de leurs activités. Au final, il y a des gens du quartier et d’ailleurs, des gens politisé-e-s et d’autres pas, on s’en aperçoit bien dans les moments d’assemblée, mais aussi pendant les repas collectifs, dans les moments informels et même dans les moments où on travaille dans les jardins, il y a beaucoup de conversations, inévitablement, et… Mais comme souvent, la théorie est une chose qui peut venir à travers la pratique, je crois qu’il y a des gens qui fonctionnent de manière libertaire, ou anarchiste, sans même s’en apercevoir dans un premier temps. Puis ils se rendent compte que ça fonctionne. Donc voilà, ça me semble intéressant…

Après, il y a aussi la question de pouvoir être là. Au final, celles et ceux qui s’impliquent le plus finissent par prendre le plus de décisions, et il y en a qui s’impliquent moins… Il faut faire en fonction de ces différences, et c’est intéressant.

Z. — Et la bibliothèque ?

Amparo — La bibliothèque, quand je m’y suis investie, ça faisait déjà un an qu’elle existait. L’inspiration de cette bibliothèque vient de la Xarxa de Biblioteques Socials, un réseau de bibliothèques sociales qui s’est créé sur le territoire des pays catalans. L’idée, d’une certaine manière, était de cataloguer tous ces documents, livres et archives historiques de plusieurs générations libertaires, pour qu’ils ne restent pas oubliés dans des cartons, dans des maisons privées, pour les préserver, en prendre soin, les organiser et aussi les partager, que ces documents soient accessibles aux gens. Ça c’est l’idée de base du fonctionnement de ces bibliothèques.

Donc, différents centres sociaux, à Barcelone comme à Valencia, ont commencé à ouvrir des bibliothèques. Par exemple ici à Valencia l’une des plus anciennes est la bibliothèque de l’athénée libertaire Al Margen, située dans le quartier d’El Carme. En plus, parmi les gens qui ont lancé cette idée de réseau de bibliothèques, il y a des gens qui ont fait des études pour devenir bibliothécaires-documentalistes, alors il y avait quelques « professionnel-le-s » de ce secteur, donc pas mal de savoir-faire pour pouvoir organiser tout ça.

Dans le quartier de Cabanyal, l’athénée libertaire du Cabanyal a monté sa propre bibliothèque, et à l’Horta, deux personnes ont commencé à créer la bibliothèque à patir de cette idée. Donc ce réseau de bibliothèques nous a permis de monter une bibliothèque plus facilement.
Tous les documents des bibliothèques sont catalogués et réunis dans un programme de la Xarxa consultable sur internet, qui permet de savoir où se trouvent les livres disponibles dans le catalogue. Dans ces bibliothèques, se trouvent à la fois des livres « conventionnels », qu’on trouve en librairies, mais aussi beaucoup de livres de petites maisons d’édition qu’on ne trouverait pas dans une bibliothèque municipale « normale », l’idée étant d’un côté d’aider à faire connaître ces petites maisons d’édition, ces distros/diffusions DIY, qui sont en partie celles que l’on peut découvrir ici [2], et de l’autre de proposer des espaces d’ouverture une ou deux fois par semaine pour que les gens viennent et puissent devenir membres. Concernant la bibliothèque de l’Horta, l’adhésion est complètement gratuite, puis ça fonctionne assez simplement, comme une bibliothèque normale, avec des prêts de livres et l’enregistrement de chaque prêt pour éviter que les livres soient perdus. Toujours concernant la bibliothèque de l’Horta, on a monté un groupe de lecture, avec l’idée de ne pas se contenter de faire circuler des livres que chacun-e lit chez soi, ce qui pourrait se résumer à une activité un peu « individualiste », surtout qu’avec l’ère d’internet et tout les gens ne lisent plus tellement de livres, on n’a pas trop le temps, on s’est habitué-e-s à lire des textes courts, alors on s’est dit qu’on ferait un groupe de lecture. On se voit tous les quinze jours, on se met d’accord sur un texte à lire, qui peut être proposé par des gens qui s’occupent de la bibliothèque ou par des gens qui empruntent des livres, on le propose par email sur les listes, à tou-te-s les usager-e-s de la bibliothèque ainsi qu’aux collectifs qui participent d’une manière ou d’une autre à l’Horta, avec l’idée que chacun-e le lise de son côté et qu’on se réunisse quinze jours plus tard pour en discuter, débattre, approfondir, partager des réflexions. Organiser les connaissances qui existent déjà et générer de nouvelles connaissances, essayer de faire tout ça le plus collectivement possible, c’est un peu l’idée …

Z. — Est-ce que tu souhaites rajouter quelque chose à propos de l’Horta ?

Amparo — À propos de nos relations avec les voisin-e-s, ça peut être intéressant de parler de l’histoire de l’Horta. Au départ, ça a été squatté entre 2005 et 2007, et à l’époque le projet de centre social s’est peu à peu transformé en campement de vans, en lieu de fêtes, de consommation de drogues, et tout ça a généré pas mal de conflits avec les voisin-e-s, et le caractère politique du centre social a fini par se perdre, alors pour moi un des aspects importants du succès du CSOA L’Horta actuel, qui est ouvert depuis cinq ans maintenant, c’est notre attention à tout ça, aux relations avec les voisin-e-s, au fait que la plupart de nos activités ne s’étendent pas plus tard que vers minuit, et à l’hétérogénéité des gens qui constituent le projet.

Je pense que les autorités ont un peu cessé de nous emmerder parce qu’il n’y a pas de plainte, la coexistence avec le voisinage est bonne, et en plus, géographiquement, on n’a pas une position centrale dans le quartier. Et quand il y a un souci quelconque avec des voisin-e-s, on s’efforce de dialoguer au maximum, de discuter. On a réussi à faire une auto-critique de la première expérience de l’Horta et à créer un centre social qui ne soit pas trop « ghetto », qui soit accueillant aux gens du quartier, aux gens plus âgé-e-s, à faire en sorte que la parole anarchiste ne soit pas effrayante comme elle peut l’être parfois dans la culture populaire… Et pour moi, ça serait intéressant qu’encore plus de gens du quartier s’emparent de l’Horta. Je pense que c’est un des grands défis de l’anarchisme: réussir à dialoguer avec des gens qui ne sont pas tellement politisé-e-s.

Entretien avec Paula, 10 avril 2017, L’Horta, Valencia

Paula — Je m’appelle Paula, j’habite ici à Valencia, et j’ai connu l’Horta il y a cinq ans, deux ou trois semaines après l’ouverture. J’étais étudiante à l’Université polytechnique, qui ne se situe pas très loin de l’Horta. À ce moment-là, il y avait le mouvement des Indigné-e-s, qui a donné lieu à plusieurs assemblées et collectifs avec un fonctionnement horizontal, notamment sur les campus universitaires de Valencia et alentours, et c’est à l’Université que j’ai rencontré des gens avec qui on a commencé à organiser des assemblées générales (qui pouvaient réunir jusqu’à cent personnes), mais petit à petit c’est devenu assez ennuyeux, on sentait que ça n’avançait pas et que s’y exprimaient des positions trop divergentes… Finalement, avec L. et deux autres copains on a arrêté de participer à ça et L. nous a dit que d’autres potes, rencontré-e-s lors de l’occupation de la place de la mairie pendant le mouvement des Indigné-e-s, avaient ouvert un lieu abandonné à Benimaclet et qu’ils étaient en train de le nettoyer dans l’optique d’en faire un lieu de vie collectif. On est donc allé les aider et participer à cette initiative. Au début, c’était pas mal le bordel, les bâtiments étaient crades et ce qui est le potager collectif aujourd’hui n’était qu’un vaste terrain vague avec du matériel de construction abandonné. Il y avait alors besoin de réparer les bâtiments, c’est par ça qu’on a commencé.

Puis, j’ai arrêté, car j’ai déménagé et suis allée à Paris pendant un an. Quand je suis retournée à Valencia, je me suis impliquée à nouveau dans la vie de ce lieu, qui était devenu l’Horta.

Z. — Ok. Et ici, tu participes à quelles activités ?

Paula — Je fais partie du collectif de la maison, celui qui a ouvert le lieu et qui créé l’activité politique de l’Horta. Il y a plusieurs projets collectifs à l’Horta, et tous sont liés à des idées politiques libertaires, surtout dans la manière de fonctionner, mais tous ne sont pas forcément ouverts au quartier et au public. Dans le collectif de la maison, on pense que c’est très important de rapprocher/intéresser les gens à l’Horta, et on essaye de faire ça avec des concerts, des débats, des projections, des activités de quartier, c’est aussi un peu comme ça qu’on relie tous les collectifs actifs à l’Horta entre eux. Pour le collectif de la maison, il y a une ou deux assemblées par semaine, d’habitude le dimanche et le lundi, parfois seulement un des deux jours. L’assemblée du lundi est ouverte aux autres collectifs de Valencia, pour qu’ils puissent proposer des activités, demander des espaces ou du matériel, et on discute ensemble des diverses propositions qui sont faites pour pouvoir décider de ce qui est possible et/ou pertinent. On parle aussi des aspects plus techniques en rapport avec l’autogestion du lieu, l’utilisation des espaces, des clés, etc., notamment si des gens nouveaux nous rejoignent. L’assemblée du dimanche est plus « politique », plus « interne », limitée au collectif de la maison, c’est-à-dire une quinzaine de personnes, disons entre dix et quinze selon les périodes. Le dimanche, on discute donc des projets politiques qui n’ont pas à voir avec des activités ouvertes. Pour ça on fonctionne par affinités, chacun-e s’implique ou non dans ce qui l’intéresse.

Et enfin, plus ou moins une fois par trimestre, on fait une grande assemblée (une « AG mère ») lors de laquelle tous les collectifs sont conviés. Et là, on discute d’éventuels problèmes internes, relatifs à l’utilisation des espaces, s’il y a des choses qu’on a envie de communiquer à tou-te-s, si on a des problèmes avec la maison (avec le collectif de la maison, on fait en sorte que celle-ci reste en bon état, qu’elle soit propre, que les gens puissent y venir en toute tranquillité, etc.). Cette assemblée est un bon moment pour dire des choses à partager avec tout le monde qui est investi à l’Horta. Par exemple, il n’y a pas longtemps, on avait des termites dans la maison, donc on a organisé un grand chantier et les différents collectifs qui sont actifs à l’Horta sont venus pour nous aider.

Z. — Et par exemple, pour la fête d’anniversaire de l’Horta, pour les cinq ans, c’était pareil ?

Paula — Pareil. Il y a d’abord eu une grande assemblée en janvier 2017, et là on a évoqué ce qu’on pourrait organiser pour l’anniversaire, on s’est dit qu’on se reverrait en février-mars après avoir réfléchi à des propositions plus concrètes, pour mettre toutes nos idées en commun et essayer de les caler dans un calendrier, mettre en place un programme, réunir le matériel dont on aura besoin, etc. Pour ça, il y a eu deux grandes assemblées de préparation.

Peu après l’anniversaire de l’Horta, il y a eu l’anniversaire de la Fusteria, un autre squat, situé dans le quartier de Cabanyal. Eux voulaient nous inviter pour participer à un débat lors de leurs journées d’anniversaire, mais nous on venait tout juste de sortir d’un mois un peu chaotique et on n’a pas eu les forces de les aider… Ou là, il y a des collectifs du quartier de Ruzafa, près du centre-ville, qui veulent faire une « performance artistique » aux balcons de leur quartier. Ils vont demander à une cinquantaine d’immeubles de prêter leurs balcons pour faire des spectacles politiques et tout, pas juste y poser des banderoles. Mais c’est pareil, avec la Mostra del llibre anarquista toute la semaine, plus les activités habituelles à l’Horta, les projets avec les autres collectifs de la ville sont parfois un peu mis de côté, faute de temps. Aujourd’hui, il y avait une réunion pour parler de ça, il y avait aussi l’AG antifa, et l’assemblée de la Brigade féministe pour la Palestine, et la réunion d’un nouveau collectif de Benimaclet qui fait des actions directes pour améliorer le quartier (ils ont déjà installé des bancs, des jeux pour enfants…). Il y a plein de trucs, et on ne peut pas être partout à la fois… Et ce soir à l’Horta il y a la discussion sur le mouvement de solidarité avec Théo qui a eu lieu en France !

Z. — Ok merci. Si tu veux rajouter quelque chose…

Paula — Ce que je voudrais ajouter, ou ce sur quoi j’aimerais appuyer, c’est qu’ici on apprend plein de choses (…). Aussi, des fois, on nous dit « mais c’est trop long, d’avoir deux assemblées par semaine, c’est un peu lourd et tout », mais je pense qu’on a vraiment besoin de nous retrouver… D’ailleurs j’ai oublié d’en parler, mais chaque fin d’année scolaire, pendant l’été, on se retrouve tou-te-s ensemble avec le collectif de la maison et on organise une convivencia, des journées de « vie en commun », pour faire le point sur comment on est au niveau émotionnel entre nous, comment on a vécu les dernières années, si quelqu’un a été absent ou a eu des problèmes, ou même s’il y a eu des conflits entre des personnes, pour voir si des gens ont besoin de quelque chose du groupe, du collectif. Pour tout ça, on essaye de prendre plus soin les un-e-s des autres. Et ces moments-là sont bien pour ça, car on est tou-te-s ensemble en week-end, à la mer ou à la montagne…

Notes de Z.:
[1] Quelques mois après cet entretien, en novembre 2017, le CSO El Nido, squat d’activités queer sans habitation, situé lui aussi dans le quartier de Benimaclet, a d’ailleurs été expulsé alors qu’il était vide…
[2] Ici, à la Mostra del llibre anarquista.

[Les entretiens avec L., Yolanda et Paula ont été directement faits en français. Celui avec Amparo a été fait en castillan, traduit en français par Z. et Am. La transcription a été faite par Z. et J.]