La 6e édition des Digitales approche ! Du 4 au 6 avril nous vous donnons rendez-vous à la Kunda pour un week-end de lutte autour de la défense des derniers squats d’organisation politique et de vie en IDF ! Le constat est amer et sans précédent : les lieux qu’on a connus ces dernières années ont tous disparu…
À cette occasion, et comme l’année dernière sur l’Île-Saint-Denis, nous avons réaliser une cartographie des luttes qui traversent le territoire d’Ivry-Vitry, en rendant visible l’impunité et le cynisme politique qui permet de faire perdurer ce système, fait d’injustices sociales et économiques.
Le Val-de-Marne, comme le reste de l’Île-de-France, est touché de plein fouet par la crise du logement : spéculation immobilière, pression locative, manque et destruction de logements sociaux… À cela s’ajoute la promulgation de la loi Kasbarian-Bergé en 2023 qui pénalise les locataires précaires par des procédures d’expulsion accélérées en cas de loyer impayé. En parallèle, les loyers et charges ne font qu’augmenter : payer entre 700 et 1000 euros pour un logement/ studio est devenu la norme.
Pour les squats c’est pareil. Les nouvelles loi Kasbarian et Darmanin et le passage des Jeux Olympiques 2024 ont aggravé les galères de logement, détruit les éco-systèmes urbains populaires et communs existants, ainsi que les squats et lieux alternatifs d’habitation et d’organisation politique. Le constat est amer et sans précédent : les lieux qu’on a connus ces dernières années ont tous disparu…
Les responsables ? L’État et les municipalités.
Les villes d’Ivry-Vitry, faisant partie de l’historique « banlieue rouge », ne sont pas épargnées. À travers ce travail cartographique, nous avons rencontré de nombreuxSES habitantEs et militantEs de ces villes. Nous étions stupéfaitEs que le constat sur le logement soit aussi partagé (trop cher, insalubrité ou encore projet imposé…) tout en étant vécu comme un problème individuel et non une lutte collective à mener. En parallèle lorsque des luttes collectives émergent, les habitantEs gagnent !
Sur cette carte, comme celle réalisée l’année précédente sur l’Île-Saint-Denis, figurent différentes choses : les grands projets urbains (ZAC, NPRU), des épisodes répressifs marquants, des squats (beaucoup de squats expulsés), des lieux ressources… L’objectif : rendre visible l’impunité et le cynisme politique qui permet de faire perdurer ce système, fait d’injustices sociales et économiques.
C’est à l’occasion de la 6e édition des Digitales – festival d’écologies politiques – pour la défense du squat la Kunda, du 4 au 6 avril 2025, que cette carte a été réalisée.
C’est depuis peu, avec les Digitales, qu’on s’approprie la carte comme outil de partage, d’archives et de revendications. Et à vrai dire, au-delà même de l’outil, le processus de réalisation d’une carte apporte beaucoup : à la fois en termes de rencontres, d’anecdotes, de liens inter-collectifs, d’un savoir sur la ville sensible et situé… c’est vraiment précieux !
Quelles politiques de la ville ?
Des logiques insidieuses qui étaient contenues dans les murs de Paris s’étendent à la banlieue. À Ivry et Vitry, où la forte proportion de logements sociaux permettait de faire barrage à la gentrification, les plus précaires sont exclus et éloignés par le sous-financement de l’État et les projets d’aménagement public (ZAC, NPRU).
Avec la désindustrialisation, les villes d’Ivry et Vitry voient les usines des quartiers portuaires se vider. En parallèle, les centres-villes et les logements sociaux se dégradent faute d’entretien, de moyens et de volonté politique.
La planification de l’aménagement reprend de plus belle et trois ZAC se dessinent sur le territoire. Ces projets se font sans concertation (la concertation étant avant tout un outil de communication pour imposer et assommer les habitantEs qui tentent de s’organiser) des habitantEs quant à la rénovation ou la destruction de leurs espaces de vie, comme on le voit avec la démolition de bâtiments dans les cités Robespierre, Germain Defresne, Ampère ou aux Maisons à Vitry.
Ces démolitions sont un non-sens financier, environnemental et social. De plus, les habitantEs doivent déménager hors du quartier où ils et elles habitent depuis des décennies et où elles ont leur réseau de sociabilité. Bien souvent les offres de relogement ne sont pas à la hauteur (plus chères, surfaces plus petites et plus excentrées).
Sous couvert de mixité, les critères économiques d’éligibilité aux logements sociaux ont été reconfigurés, les rendant de moins en moins accessible aux foyers ayant les plus faibles revenus et davantage tournés vers les classes moyennes. Le taux de logement social baisse dans les nouveaux projets urbains au profit de l’accession à la propriété. L’époque du tout logement social est révolue et témoigne aussi d’un changement des intérêts de classe au sein des institutions de pouvoir. Les banlieues ouvrières c’est ciao !
Ignorant les difficultés économiques et d’accès au logement rencontrées, les acteurs publics se renvoient la balle, rendant la situation confuse :
- Les habitantEs font face à des hausses brutales de charges par les bailleurs sociaux, malgré des logements insalubres et non entretenus et ce, sans justification,
- Quand des squats sont expulsés, les mairies renvoient la faute à la préfecture ou au département pour se défausser de toute responsabilité, alors qu’elles ont le pouvoir de réquisitionner des bâtiments vides en cas de difficultés de logement ou de manque d’espaces d’organisation.
- Les autorités publiques refusent la mise en place de solutions d’hébergement d’urgence en cas d’expulsion. Par exemple, lors de l’expulsion du squat du 38 rue de Seine en avril 2024.
Puis quand des dynamiques autonomes de solidarité, politiques ou encore culturelles émergent, on constate une prédation des mairies pour servir leur agenda électoraliste et leur permettre de garder leur pouvoir sur les quartiers de la ville. Cette pratique – le clientélisme – passe par les maisons de quartiers, centres sociaux, l’obtention de subventions ou encore la répression tacite d’initiatives. Tout doit passer par la mairie, tout doit être contrôlé. L’un des enjeux de nos luttes est de ne pas céder à l’institutionnalisation…
La carte au format pdf: https://paris-luttes.info/IMG/pdf/cartographie_ivry_vitry_-_pdf_a1.pdf
Des groupes liés aux sans-papiers https://radar.squat.net/fr/groups/topic/sans-papiers
Des squats à Paris et banlieue https://radar.squat.net/fr/groups/city/paris/country/FR/squated/squat
Des squats expulsés: https://radar.squat.net/fr/groups/city/paris/field_active/1/squated/evicted
Des groupes (centres sociaux, collectifs, squats) à Paris et banlieue https://radar.squat.net/fr/groups/city/paris/country/FR
Des événements à Paris et banlieue https://radar.squat.net/fr/events/city/Paris
[Paris-Luttes le 1er avril 2025 https://paris-luttes.info/cartographie-d-ivry-vitry-la-ville-19322]